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L'info n°2223/12/22

Interview Conférence sur le climat: résultats mitigés


Thomas Vaels, conseiller au service d’études de la CSC.

Thomas Vaels, conseiller au service d’études de la CSC, a représenté la CSC lors de la 27e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (Cop 27) qui s’est tenue en Égypte. Si les leaders mondiaux ont convenu de la nécessité de créer un fonds pour aider les pays en développement qui subissent des dégâts liés aux conséquences du changement climatique, aucun accord n’a été possible sur la sortie progressive des énergies fossiles.

Propos recueillis par P. Van Looveren (ad.: DMo)

Comment évaluez-vous ce Sommet sur le climat?

La création d’un fonds pour soutenir les victimes du changement climatique est une avancée importante. Les pays qui souffrent le plus de la crise climatique sont souvent ceux qui y contribuent le moins. Le fonds sur les dégâts climatiques doit surtout être alimenté par les plus grands pollueurs, les pays qui émettent beaucoup de gaz à effet de serre. À ce stade, on ne sait toutefois pas qui financera ce fonds, quelle en sera l’ampleur et dans quelles circonstances il sera censé intervenir. Une commission spéciale négocierait ces aspects l’an prochain.
On peut par contre déplorer qu’aucun progrès n’ait pu être enregistré pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il est toutefois positif que les négociateurs se soient engagés à élaborer des mesures concrètes pour les secteurs à fortes émissions lors des sommets futurs.

Avec les mesures actuelles, pourrons-nous limiter le réchauffement de la planète au plafond critique de 1,5°c?

Non. Des rapports récents du Giec montrent que si nous maintenons la tendance actuelle, nous nous dirigeons vers un réchauffement mondial avec des conséquences dramatiques. Il faut d’urgence passer à la vitesse supérieure. Nous espérions, après la décision d’une sortie progressive du charbon lors de la Cop 26, poursuivre les discussions pour d’autres combustibles fossiles, y compris le pétrole et le gaz. Ça n’est (provisoirement) pas le cas.

“SI NOUS MAINTENONS
LA TENDANCE ACTUELLE,
NOUS NOUS DIRIGEONS VERS DES
CONSÉQUENCES DRAMATIQUES.”

Les syndicats mettent fortement l’accent sur la transition juste. A-t-on pu progresser à ce niveau?

La transition juste est un concept introduit par les syndicats dans la politique climatique. L’idée est qu’on ne peut pas abandonner les travailleurs qui sont impactés par cette transition. Il faut veiller à leur offrir une perspective, à créer pour eux de nouveaux emplois (verts) et à les préparer. L’Organisation internationale du travail (OIT) a défini des «principes directeurs pour une transition juste» qui soulignent l’importance d’un bon dialogue social entre les syndicats et les organisations patronales, du travail décent et de bons droits du travail, de la création d’emplois verts, et d’une protection sociale pour les travailleurs impactés. Il est positif que l’on ait pu se mettre d’accord pendant cette conférence sur l’élaboration d’un plan de travail autour de la transition juste, mais en termes de contenu, les textes se limitent à mentionner le dialogue social et la protection sociale. Le droit du travail, la formation et le recyclage professionnel des travailleurs, les négociations collectives et les conditions de travail n’ont malheureusement pas été assez mis en avant. Force est aussi de constater que le terme «transition juste» devient une notion vague, fourre-tout, que d’autres parties prenantes s’approprient. Nous devons veiller à ce que le travail, les travailleurs et les syndicats gardent une place centrale dans la définition de ce concept.

© Inne Wyns