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L'info n°0908/05/2026

Les aides-ménagères ont droit, elles aussi, à un travail sain

Les 140.000 aides-ménagères actives dans le secteur des titres-services constituent un groupe important, souvent précaire, contraint d’exercer un métier intrinsèquement néfaste pour la santé. Il en résulte une proportion extrêmement élevée – et en constante augmentation – de personnes en incapacité de travail temporaire ou de longue durée.

Maarten Hermans

En Belgique, 140.000 personnes travaillent comme aides-ménagères via le système des titres-services. Leur situation professionnelle est atypique puisqu’elles effectuent leur travail au domicile des clients, et elles occupent une position plus précaire sur le marché du travail. Il s’agit majoritairement de femmes, peu qualifiées, souvent issues de l’immigration et isolées.

Bien que le système des titres-services permette à ce groupe d’éviter le chômage ou le travail au noir, de nombreuses études démontrent que leur travail est structurellement préjudiciable à la santé. Après cinq années dans ce secteur, le risque de développer des troubles musculosquelettiques, comme une tendinite, est jusqu’à 35 fois plus élevé. Par ailleurs, l’exposition quotidienne à un mélange de produits d’entretien chez les clients provoque des affections cutanées et respiratoires.

Continuer à travailler par nécessité

En raison de leur situation professionnelle atypique et de leur position précaire sur le marché du travail, les aides-ménagères sont particulièrement exposées à ces conditions de travail nocives pour la santé. Avec un salaire relativement bas dans le secteur et peu d’autres opportunités sur le marché du travail, elles sont contraintes de choisir entre travailler à temps plein pour joindre les deux bouts ou préserver leur santé.

Dans la pratique, seules 10% d’entre elles parviennent à tenir le coup à temps plein, ce qui se traduit par un salaire mensuel brut moyen de 1.615 euros. Comme elles travaillent seules chez les clients, il leur est plus difficile de faire respecter des conditions de travail saines et de les imposer collectivement.

Les conséquences d’un travail aussi néfaste pour la santé se reflètent clairement dans les statistiques relatives à l’absentéisme pour maladie. Lors d’une journée de travail moyenne, près d’une aide-ménagère sur cinq est absente pour raison de santé, soit un pourcentage nettement supérieur à celui observé dans d’autres secteurs (8,2%). Plus d’une aide-ménagère sur dix est en incapacité de longue durée – soit trois fois plus que dans le reste de la population active (3,4%). Depuis plus d’une décennie, ces taux d’absentéisme élevés ne cessent d’augmenter, accentuant les inégalités en matière de santé par rapport aux autres secteurs.

Alarmée par cette problématique sanitaire considérable et en constante augmentation, l’inspection du travail mène depuis 2022 une campagne de contrôle quasi annuelle dans le secteur des titres-services. Chaque année, l’inspection constate, dans la majorité des cas, des infractions à la législation sur la sécurité et la santé au travail, telles que l’absence d’évaluations périodiques de la santé, d’analyse obligatoire des risques et d’entretiens préalables avec les nouveaux clients/utilisateurs pour vérifier s’ils mettent bien à disposition du matériel et des produits sûrs, etc.

Dans la pratique, seules 10% d’entre elles parviennent à tenir le coup à temps plein, ce qui se traduit par un salaire mensuel brut moyen de 1.615 euros.

Prévenir, reconnaître et agir

Malgré l’ampleur du problème – tant en matière de santé que d’incapacités de longue durée – et malgré les constats de l’inspection du travail, aucune mesure politique ou législative réellement ambitieuse n’a été mise en place. La CSC estime dès lors qu’il est absolument nécessaire que des mesures soient prises en faveur des aides-ménagères autour de trois axes: la prévention, la reconnaissance et l’action. La priorité absolue consiste à prévenir les effets nocifs du travail des aides-ménagères.

Il serait notamment utile de disposer d’une liste sectorielle précisant les produits de nettoyage autorisés et interdits, en bannissant par exemple les produits d’entretien irritants tels que les détartrants et les antifongiques agressifs, et en privilégiant des produits naturels. Il en va de même pour les normes ergonomiques minimales: il n’est plus acceptable d’avoir à essorer la serpillière à la main comme il y a 40 ans, alors qu’il existe du matériel ergonomique.



Un second axe consiste à reconnaître que ces problèmes de santé et d’incapacité de longue durée sont directement liés au travail. Il est nécessaire que les responsables politiques commencent par admettre ce fait, au lieu de présenter les malades de longue durée comme des personnes réfractaires au travail et de les sanctionner. Les contrôles, les sanctions en matière d’allocations et les radiations que le gouvernement souhaite intensifier à l’encontre des malades de longue durée frapperont doublement les aides-ménagères.

Une reconnaissance réelle, pas une procédure de façade

Mais il faut surtout une meilleure reconnaissance au sens strict des troubles musculosquelettiques comme maladies professionnelles dans ce secteur. Les statistiques et les études établissent clairement le lien entre ces troubles et le métier d’aide-ménagère. Ils doivent donc être intégrés à la liste des maladies professionnelles. En d’autres termes, si vous avez travaillé comme aide-ménagère et si vous souffrez d’un trouble musculosquelettique, on peut présumer que ce travail est la cause de votre maladie.

Tant que cette question n’est pas réglée comme dans d’autres secteurs touchés par des maladies professionnelles, les travailleurs doivent tenter individuellement de prouver l’origine professionnelle de leur maladie, dans le cadre d’une procédure de façade. En effet, l’Agence fédérale des risques professionnels (Fedris) rejette depuis des années 99,8% des demandes de reconnaissance de cette procédure.

Enfin, il est nécessaire de s’attaquer aux responsables qui continuent d’organiser un travail nocif pour la santé. Lorsque l’inspection du travail constate, année après année, que les employeurs du secteur des titres-services et leurs services de prévention ne respectent pas la législation en matière de sécurité et de santé au travail, des mesures fermes doivent être prises. Face à un secteur qui bénéficie de 1,6 milliard d’euros de subventions publiques, les autorités disposent de tous les leviers nécessaires pour agir avec fermeté. Car les aides-ménagères ont, elles aussi, droit à un travail sain.

Pour attirer l'attention sur le refus de l'Agence fédérale des risques professionnels de reconnaître les troubles musculo-squelettiques graves chez les aides-ménagères comme des maladies professionnelles, la CSC a introduit sept dossiers contre Fedris au tribunal du travail à Bruxelles (voir p. 17 de ce journal en ligne).

Ce jour-là, sept dossiers seront introduits contre Fedris, l'Agence fédérale des risques professionnels. Dans ces dossiers, Fedris refuse de reconnaître les troubles musculo-squelettiques (TMS) graves chez les aides-ménagères comme des maladies professionnelles.


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