Maladie professionnelle: la situation injuste des aides-ménagères
La CSC Alimentation et Services a mené une action pour mettre en lumière l’absence de reconnaissance des maladies professionnelles des aides-ménagères.
D.Mo.
Des milliers d’aides-ménagères se tuent à la tâche, mais ne bénéficient d’aucune reconnaissance, d’aucune protection ni d’aucune compensation. Pour attirer l’attention sur cette injustice structurelle, la CSC Alimentation et Services (CSC A&S) a mené une action avec Médecine pour le Peuple devant le Tribunal du travail à Bruxelles. Le 30 avril dernier, dans la foulée de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail du 28 avril (lire dossier pp. 4-7), la CSC a introduit sept dossiers contre Fedris, l’Agence fédérale des risques professionnels. Dans ces dossiers, Fedris refuse de reconnaître les troubles musculo-squelettiques (TMS) graves chez les aides-ménagères comme des maladies professionnelles.
Je secteur des titres-services compte plus de 140.000 aides-ménagères. Ce secteur se caractérise par un travail physiquement très exigeant. Certains problèmes de santé sont particulièrement fréquents chez les aides-ménagères: problèmes de dos (68%), douleurs musculaires et articulaires (67%) et douleurs au cou et aux épaules (62%). Chaque jour, une aide-ménagère sur cinq est absente pour cause de maladie et plus de 10% des aides-ménagères sont en incapacité de travail de longue durée.
Ces chiffres sont plus de deux fois supérieurs à ceux observés dans d’autres secteurs et augmentent avec les années de travail des aides-ménagères dans ce secteur. «Je travaille aussi vite que possible, ce qui me rend extrêmement fatiguée et me cause des douleurs au dos et aux mains. Je ne sais pas combien de temps mon corps tiendra encore ce rythme», déclare une aide-ménagère de quarante ans.
Je travaille aussi vite que possible, ce qui me rend extrêmement fatiguée et me cause des douleurs au dos et aux mains.
En décembre 2024, 112 dossiers avaient été déposés auprès de Fedris en vue de la reconnaissance de TMS liés au travail, dus à une tendinite de l’épaule, du coude ou du poignet, ou au syndrome du canal carpien. La plupart de ces dossiers ont été rejetés, malgré la présence de facteurs de risque professionnels évidents: mouvements répétitifs, port de charges, travail dans des positions inconfortables. Le problème dépasse les dossiers individuels. Les aides-ménagères, dont 97% sont des femmes, restent sous-représentées dans les reconnaissances de maladies professionnelles alors qu’elles sont largement surreprésentées dans les chiffres de morbidité. La non-reconnaissance de ces troubles nuit également à la prévention: tant que le lien avec le travail n’est pas reconnu, il n’y aura pas d’investissements pour améliorer les conditions de travail.
Face à cette injustice, la CSC A&S appelle Fedris et les décideurs politiques à reconnaître les TMS concernés comme maladies professionnelles dans les dossiers en cours, à adapter la législation, en incluant les troubles typiques des aides-ménagères dans la liste fermée des maladies professionnelles, et à réformer les procédures d’évaluation de Fedris. Elle leur demande également d’avoir davantage d’attention pour les femmes et leur santé dans la politique des maladies professionnelles et de mettre en place une politique de prévention solide et du travail faisable dans le secteur des titres-services.
Pour la CSC A&S, les aides-ménagères méritent d’être reconnues: les problèmes liés aux TMS ne sont pas une coïncidence, mais un risque professionnel.
© CSC A&S