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L'info n°1112/06/2026

Logistique et transport

«Une négociation sociale ne se mène pas sous lock-out»

Pour la CSC, la fermeture du site de H&M Logistics de Ghlin,
décidé unilatéralement par l'employeur («lock-out»), témoigne de sa volonté de contraindre les travailleurs à accepter sans discuter une proposition jugée insuffisante par une grande partie du personnel.

David Morelli

En mars dernier, H&M Logistics annonçait la fermeture du site de Ghlin dans le cadre d’une opération de regroupement de ses opérations de distribution en Espagne et en Italie. Les propositions de solutions alternatives ayant échoué, le constat est dramatique: les 440 travailleurs du site vont perdre leur emploi.

Dans ce contexte, syndicats et direction se sont engagés, fin mai, dans les négociations de la phase 2 de la procédure Renault, relatives au plan social. «Faute d’accord sur le montant de l’indemnité extra-légale, la réunion a été suspendue, explique Bertrand Merlevede, permanent Trans­port routier CSC Transcom. Nous avons alors demandé à plusieurs reprises que la proposition de l’employeur soit formalisée par écrit afin de pouvoir la présenter au personnel. Malgré les demandes répétées, aucun document ne nous a été transmis.»


Une orchestration indigne


«Certains responsables ont laissé circuler l'idée que les délégations syndicales connaissaient déjà l'identité des personnes qui seraient licenciées,
ajoute le permanent CSC. Cela a suscité beaucoup d'émotion parmi les travailleurs et fortement tendu le climat.» L'organisation par la direction du transfert des marchandises vers d'autres centres logistiques, faisant craindre qu'elle tente de vider le site avant qu'un accord social ne soit trouvé, n'a pas apaisé les esprits «Oui, le ton est monté, concède Bertrand Merlevede. Mais contrairement à ce qu'affirme la direction, le site n'a pas été bloqué: les travailleurs ont juste ralenti la caden­ce, sans arrêter la production. Et il n'y a jamais eu de séquestration!»

En effet, la direction a invoqué le 4 juin dernier de prétendues séquestrati­ons et des risques importants en matière de sécurité pour faire intervenir la police et un huissier, afin d’évacuer le site et de le fermer.


«C’est une tentative d’inversion des responsabilités, affirme le permanent syndical. Alors que nous demandions depuis plusieurs jours un dialogue social sérieux, l’attention a été déplacée vers une prétendue insécurité qui a ensuite servi à justifier un lock-out décidé unilatéralement. Les constats effectués sur place sont sans ambiguïté: les personnes concernées circulaient librement. Il s’agit là d’une orchestration.»

Voir un employeur fermer lui-même son entreprise au personnel en pleine négociation d’un plan social constitue une situation particulièrement interpellante.

Contourner la négociation

Pour le permanent, ce lock-out constitue une tentative de modifier le rapport de force au moment où se discutent les conditions de départ de centaines de travailleurs.


«Au-delà du cas H&M, voir un employeur fermer lui-même son entreprise au personnel en pleine négociation d’un plan social constitue une situation particulièrement interpellante: si de telles pratiques devaient se banaliser, elles pourraient créer un précédent préoccupant pour l’ensemble des relations collectives de travail en Belgique.»

Et Bertrand Merlevede de conclure: «Nous sommes demandeurs de cette concertation et nous espérons qu’elle permettra enfin de revenir à l’essentiel: trouver une issue digne pour les 440 travailleurs concernés. Parce que la dignité ne se négocie pas sous la contrainte.»