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L'info n°0817/04/2026

Plus que jamais, il faut se revendiquer antifasciste!

L’antifascisme traverse aujourd’hui une crise de perception et est fragilisé par une propagande de droite et d’extrême droite qui l’associe à la violence ou au terrorisme. Cédric Simon, permanent interprofessionnel à la CSC de Bruxelles, membre CSC du Front antifasciste bruxellois et, à ce titre, de la Coordination antifasciste de Belgique, fait le point sur le mouvement antifasciste.

Propos recueillis par Donatienne Coppieters

Dans quel contexte la Coordination antifasciste a-t-elle été créée et qui en fait partie?

La Coordination antifascis­te de Belgique (Cab) a été créée en février 2024 à l’initiative de plusieurs fronts locaux composés de diver­ses organisations – syndicats, mou­vements d’édu­ca­tion po­pulaire, partis et or­ganisations de jeunesse – rassemblés autour d’un texte commun affirmant des valeurs antifascistes et démocratiques.

Son objectif est de construire un mouvement antifasciste de masse, populaire, large et unitaire au sein duquel tous les progressistes puissent se retrouver. Elle souhaite aussi renforcer les alliances au sein de la société civile, en lien avec les dynamiques syndicales.

Le Front antifasciste bruxellois (Fab), de son côté, organise des ciné-débats, des formations et des activités en collaboration avec le Mouvement ouvrier chrétien (Moc) ou le Cepag, pour aller vers les jeunes et les quartiers. La CSC Bruxelles investit aussi ce champ, en organisant des formations interprofessionnel­les pour outiller ses militants et contrer les idées réactionnaires.

Pourquoi le mouvement antifasciste est-il stigmatisé en Belgique?

Sur le plan idéologique, une réflexion s'impose, parce que l’antifascisme est devenu un terme sul­fu­reux. Historiquement, des organisations com­me la CSC et le Moc sont intrinsèquement antifascis­tes: le modèle belge de concertation sociale est issu du Pacte social de 1944, conçu, finalement, pour conjurer définitivement le fascisme. Mais aujourd’hui, ce mot est dévalorisé par une propagande de la droite et de l’extrême droite, qui l’associe à la violence et au terrorisme.

Cette évolution est inquiétante: elle fragilise l’antifascisme et pousse certaines organisations progressistes à s’en distancier. On assiste à une redéfinition du concept qui marginalise l’antifascisme et ouvre la voie à des interdictions sous prétexte de lutte contre l’extrémisme. L’avant-projet de Loi Quintin est exemplatif de cette dérive.

Aujourd’hui, le mot antifasciste est dévalorisé par une propagande de la droite et de l’extrême droite, qui l’associe à la violence et au terrorisme.

Comment la Cab se positionne-t-elle par rapport aux actes de violences dans les manifestations commises par des personnes identifiées comme «antifas»?

Certains antifascistes se revendi­quent de l’autonomie, une tenda­nce proche de l’anarchisme. Parmi eux, certains recourent parfois à des actions pouvant entrainer des dégradations matérielles, comme le 14 octobre 2025, contre l’Office des étrangers, symbole d’une institution jugée oppressive. Ces pratiques, souvent associés aux tactiques de «black blocs», suscitent des désaccords et des débats internes: si la colère est comprise, les modes d’action sont plutôt critiqués au sein de la Cab car ils risquent de produire l’effet inver­se et empêchent la participation de personnes peu à l’aise avec ce type d’action.


Plusieurs villes wallonnes se sont déclarées antifascistes. Ici, une partie de la Coalition antifasciste de Charleroi.

Comment renforcer le mouvement antifasciste aujourd’hui?

Il est crucial que les organisations syndicales et le mouvement ouvrier s’investissent pleinement dans la lutte antifasciste, malgré ses contradictions. Plus nous y serons investis, plus nous serons en mesure d’en faire une force de rassemblement. Notre représentativité et notre force collective font de nous des acteurs incontournables pour contrer l’extrême droite. L’allian­ce entre syndicats et société civile, dans le cadre des coordinations antifascistes, est perçue comme la condition d’une mobilisation massive et efficace. Assumer une posture antifasciste claire est une nécessité et à ce titre, l’investissement de la CSC pour combattre l’avant-projet de Loi Quintin est un signal fort. Il montre bien que nous, syndicalistes, défendons la démocratie contre les dérives autoritaires et que nous sommes donc, nécessairement, des antifascistes.


© Donatienne Coppieters, CSC Charleroi - Sambre & Meuse, Shutterstock