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L'info n°0908/05/2026

Bruxelles

Rana Plaza, 13 ans après

Les couturières et couturiers font face à une nouvelle menace: le réchauffement climatique

D.Mo.


Les associations membres de la plateforme achACT, dont la CSC, ont manifesté rue Neuve à Bruxelles.

Le 24 avril dernier marquait le 13e anniversaire de l’effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh. Une large coalition d’organisations a manifesté à Bruxelles, à l’initiative de la plateforme achACT, pour commémorer les 1.138 victimes de la tragédie de 2013. Un ventilateur géant alertait sur la menace de plus en plus prégnante que le réchauffement climatique fait peser sur les conditions de de travail dans les usines de production de vêtements. Les slogans et les pancartes rappelaient les enjeux auxquels font face, aujourd’hui encore, les millions de travailleurs et travailleuses des filières de la fast fashion, au Bangladesh et au-delà.


Stress thermique

Si les problèmes liés à la vétusté des usines sont progressivement endigués grâce à l’Accord international pour la santé et la sécurité, le travail n’est pas terminé pour garantir un environnement de travail sain et sûr aux 4 millions de couturières et couturiers du Bangladesh. Les issues de secours dans les usines doivent par exemple faire l’objet d’un suivi et d’une attention constantes, le périmètre actuellement couvert par le programme d’inspection le plus efficace à ce jour doit être élargi et, de nouveaux risques menacent la santé des travailleurs du secteur: les températures extrêmes dans les ateliers de confection.

Face au stress thermique, les témoignages de travailleuses bangladaises sont alarmants: «J’ai pu constater de mes propres yeux les effets directs du stress thermique sur les jeunes travailleuses et ses conséquences sur leur corps et leur santé. Chaque jour, elles doivent travailler sans pauses suffisantes ni même d’eau potable», explique Kalpona Akter, du Centre de solidarité des travailleurs du Bangkladesh. Jaklien Broekx, de la Schone Kleren Campagne insiste: «Face au réchauffement climatique, il est urgent que les enseignes de mode intègrent explicitement les températures extrêmes et le risque de stress thermique dans l’Accord international pour la santé et la sécurité».

J’ai pu constater de mes propres yeux les effets directs du stress thermique sur les jeunes travailleuses et ses conséquences sur leur corps et leur santé.

Etendre les protections

Par ailleurs, le programme bangladais de l’Accord international se concentre aujourd’hui sur les usines de confection des vêtements. Cela signifie que les travailleurs et travailleuses impliquées dans la production de tissus, la teinture, les filatures, ainsi que celles et ceux travaillant dans les filières des textiles de maison et des accessoires ne sont pas encore protégés par le programme d’inspection indépendant, comme en témoignent les récents incendies et explosions de chaudières survenues dans de telles installations.

Pour la CSC, «le programme bangladais de l’Accord international pour la santé et la sécurité sera renouvelé en fin d’année. Il est primordial que toutes les enseignes signataires le restent, et que celles qui refusent toujours de s’y engager – comme Décathlon, Ikea, Levi’s ou Kiabi – le signent immédiatement.»

«Redoubler de vigilance»

Comme le rappelle Sanna Abdessalem coordinatrice d’achACT, «les enseignes de mode sont toujours prêtes à se défiler face à leurs responsabilités. À peine arrivé à sa première échéance, Hugo Boss annonçait par exemple quitter le programme pakistanais de l’Accord alors que le travail de remédiation des risques identifiés dans les usines allait tout juste commencer. 13 ans après le choc suscité par l’effondrement du Rana Plaza, nous devons redoubler de vigilance et rappeler à ces entreprises de mode que nous ne cesserons jamais de les interpeller quand elles fuient leurs responsabilités».





© Kristof Vadino