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L'info n°0908/05/2026

Jobs étudiants

Quand le statut étudiant se transforme en un dangereux renoncement

De plus en plus de jeunes demandeurs d'emploi souhaitent reprendre un statut étudiant pour pouvoir accéder aux jobs étudiants. Daphné Schmets, permanente Jeunes CSC à la fédération de Liège-Verviers-Ostbelgien, est désormais confrontée à ce type de demande alarmante pour l’avenir des travailleurs et de la sécurité sociale.

Propos recueillis par David Morelli

Quel est ce nouveau phénomène auquel vous êtes confrontée?

Il faut d’abord rappeler que le premier job d’un étudiant, c’est quand même d’étudier et d’aller à l’école. Pourtant, la réforme du travail permet désormais aux étudiants de tra­vailler jusque 650 heures par an, soit un tiers-temps. Dans ce contexte, des jeunes demandeurs d’emploi m’interpellent pour me dire qu’ils souhaitent travailler en con­trat étu­diant parce que les employeurs ne leur proposent plus que ce type de contrat. Je suis contactée depuis longtemps par des jeunes qui n’ont que quelques heu­res de formation ou des cours du soir et qui veulent travailler en con­trat étudiant, mais aujour­d’hui, je reçois aussi de plus en plus d’appels de jeu­nes qui veulent renoncer à leurs allocations de chômage ou d’insertion pour pouvoir bé­né­fi­cier d’un contrat étudiant. Cela témoi­gne de la gravité de la situation engendrée par l’abus du recours à ces jobs par certains employeurs.


Pourquoi proposent-ils de plus en plus ce type de contrat?

Un contrat étudiant est bien plus intéressant pour certains employeurs qu’un contrat classique. Avec ce type de contrat, ils ne payent pas de cotisations patronales, à part pour les accidents du travail. Les patrons de certains secteurs donnent désormais plus facilement des contrats étudi­ants que des CDD, voire que des contrats intérim. De ce fait, des jeunes demandeurs d’emploi qui suivent des cours du soir et qui ont besoin d’un travail parce que leurs allocations d’insertion ne sont pas suffisantes souhaitent renoncer à leur statut et revenir en arrière.


Ce retour en arrière est-il légal?

Non. La loi mentionne qu’un étudiant peut obtenir un contrat étudiant ou qu’un patron peut donner ce type de contrat uniquement si les études constituent l’activité principale de la personne. Mais, bien que ce type de de­mande soit légalement irrecevable, il y a un manque flagrant de contrôle. Et ça, c’est tout bénéfice aux employeurs qui, à la place d’engager une personne en CDI ou d’augmenter les heures d’une personne à mi-temps, préféreront engager des étudiants. C’est une fraude à la sécurité sociale qui est possible en raison du manque de contrôle! La seule arme que nous avons actuellement pour faire face à cette situation, c’est d’expliquer aux jeunes pourquoi un tel changement de statut serait nocif pour eux.

Aujourd’hui, dans certaines enseignes de grands magasins, il n’y a plus que des étudiants aux caisses.

Quels sont les désavantages du statut étudiant pour les travailleurs?

Continuer à travailler en contrat étudiant, c’est se tirer une balle dans le pied, parce que le travailleur ne cotise pas pour ses vacances et pour la sécurité sociale. En plus, les carrières sont de plus en plus longues: même à partir de 25 ans, il faut commencer à penser à sa pension. Elle est très loin, mais le malus pension peut avoir des conséquences financièrement graves dans leur futur.

Quelle est votre réaction par rapport à cette problématique?

Tout d’abord, il est important de rappeler que, pour les Jeunes CSC, il n’est pas normal que les étudiants aient à travailler pour payer leurs études. Plus un étudiant travaille, plus il a de chances de rater ses études et de ce fait, avec le décret paysage, de ne plus être finançable s’il met trop de temps à faire ses études. Ensuite, je trouve cette situation alarmante. Les contrats étudiants, comme les flexi-jobs, sont des contrats pourris qui sont pourtant de plus en plus élargis. Dans ce contexte, il est essentiel que les employeurs soient contrôlés quant à l’usage qu’ils font des contrats étudiants au vu du profit faramineux fait sur leur dos.

En quoi cette question revêt-elle un enjeu syndical qui touche l’ensemble des travailleurs?

Sur le terrain, on constate que ce dont on avait peur s’est réalisé. Aujourd’hui, quand on va dans certaines enseignes de grands magasins, il n’y a plus que des étudiants aux caisses. Des patrons qui leurs demandent de ne pas aller à l’école le lendemain ou de ne pas aller aux cours parce qu’ils ont besoin d’eux, ça arrive tout le temps. Ces abus sont devenus courants. Les employeurs utilisent trop d’étudiants et ils leur demandent des choses qu’ils demandent aux travailleurs classiques: faire plus d’heures, des quotas, des chiffres de ventes chez les étudiants vendeurs. Si on engage un étudiant, on n’engage pas une personne en CDI. Donc il y a un gros problème pour toute la classe des travailleurs.


© David Morelli, Shutterstock