Le gouvernement bruxellois a finalement entériné le versement d’une partie des subsides demandés par le BRAL et l’IEB. L’incertitude demeure néanmoins quant au renouvellement d'autres financements essentiels à la poursuite de leurs missions, menaçant ainsi des emplois et fragilisant certaines activités. La CSC Bruxelles réagit.
Les déclarations récentes du ministre bruxellois du Budget, Dirk De Smedt, ne laissent guère de place au doute sur les motivations du récent blocage. Il reproche notamment à ces associations d'introduire des recours juridiques contre la Région et estime qu'elles ne font pas preuve de suffisamment de loyauté envers les autorités publiques. La CSC bruxelloise exprime sa vive inquiétude face à cette situation.
Au-delà du cas particulier d'IEB (Inter-Environnement Bruxelles) et du BRAL, un mouvement urbain qui œuvre pour une Région de Bruxelles-capitale plus durable, c'est une question fondamentale qui est aujourd'hui posée: une association peut-elle être sanctionnée financièrement parce qu'elle exerce son rôle de contre-pouvoir?
Depuis des décennies, ces deux organisations contribuent au débat public bruxellois en apportant une expertise reconnue sur les questions d'urbanisme, de mobilité, d'environnement et de qualité de vie. Elles participent à l'amélioration des projets urbains, alertent sur leurs impacts potentiels, proposent des alternatives et défendent les intérêts des habitants face à des décisions qui peuvent parfois privilégier des logiques de rentabilité ou de développement économique à court terme.
Leur action ne se limite pas aux recours judiciaires, loin de là. Au quotidien, elles informent, accompagnent, analysent, proposent des alternatives et participent à la construction d'une Région plus durable, plus équilibrée et plus démocratique.
Que l'on partage ou non leurs positions, leur utilité sociale et leur contribution au débat démocratique ne peuvent être niées. Dans une démocratie, les associations, les syndicats, les mutualités et les mouvements citoyens ne sont pas là pour approuver systématiquement les décisions des gouvernements. Leur rôle est aussi d'interpeller, de critiquer, d'alerter et, lorsque cela s'avère nécessaire, d'utiliser les voies de recours prévues par la loi. Les frais liés aux recours introduits par IEB et le BRAL ne sont d’ailleurs pas financés par les subsides publics, les pouvoirs publics le savent parfaitement puisqu'ils contrôlent l'utilisation des financements octroyés.
Une question fondamentale est posée: une association peut-elle être sanctionnée financièrement parce qu'elle exerce son rôle de contre-pouvoir?
Pour la CSC bruxelloise, vouloir faire dépendre le financement public de la docilité des organisations subsidiées constitue un précédent extrêmement préoccupant.
Aujourd'hui, ce sont des associations environnementales et citoyennes qui sont visées. Demain, ce pourraient être d'autres organisations de la société civile, d'autres contre-pouvoirs ou d'autres voix critiques.
À l'heure où de nombreux gouvernements multiplient les attaques contre les corps intermédiaires, les syndicats et le monde associatif, il est plus que jamais nécessaire de rappeler qu'une démocratie forte ne craint pas la critique. Elle la protège.
La CSC bruxelloise appelle le gouvernement bruxellois à garantir sans ambiguïté l'indépendance des associations subsidiées, à débloquer sans délai la totalité des subsides d'IEB et du BRAL et à réaffirmer clairement qu'aucune association ne peut être sanctionnée pour avoir exercé son droit à la critique, à l'interpellation politique ou aux recours prévus par la loi.
Dans une démocratie, on répond aux arguments par des arguments, pas en coupant les moyens de celles et ceux qui les portent.
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