Daniel Cornesse, secrétaire national CSC en charge des affaires wallonnes, revient sur les raisons qui ont amené plus de 10.000 personnes à manifester dans les rues de Namur le 16 juin dernier.
Propos recueillis par David Morelli
Le discours du ministre-président sur la situation de la Wallonie annonçant qu’il faudra encore trouver près de 2 milliards d'ici la fin de la législature et les projets de décrets en cours de rédaction, comme ceux sur les titres-services et sur les dispositifs APE, nous inquiètent. Nous sommes également préoccupés par la fin de la statutarisation dans la fonction publique et par les velléités de suppression des provinces et de fusion des CPAS et des communes. Il faut ajouter à cela la situation de l'enseignement qui, après avoir subi des reculs d'indexation, est maintenant attaqué directement sur la fonction des enseignants et sur les infrastructures. La réforme du secteur de l'insertion socio-professionnelle va également mettre à mal bon nombre d'emplois tandis que la réforme du droit à la formation des travailleurs, en cours de discussion, risque de restreindre ce droit dans le futur1. On ne construit pas l’avenir en fragilisant ceux qui le rendent possible chaque jour.
Le message est clair: ce n’est pas à la population et aux travailleurs de payer encore une fois l'addition. L’approche du gouvernement, qui consiste uniquement à réaliser des économies et des coupes budgétaires, n’est pas acceptable. Il faut trouver d’autres solutions. Avec cette manifestation, nous dénonçons d’ailleurs également le fait qu’il n'y a a priori aucune politique de création d'emploi qui est pensée, aucune solution qui est proposée à un secteur comme la construction qui est en réelle difficulté, notamment à cause de la réforme des droits d’enregistrement, qui amène à l’achat d'un habitat qui génère moins de travaux, et aux économies faites dans les primes à l'énergie, notamment. Le secteur industriel, lui, souffre notamment du coût de l'énergie (lire L’Info n°11). Le gouvernement ne propose ni réponse, ni réflexion stratégique sur la réindustrialisation dans une perspective de transition. Ce combat dépasse les secteurs. Il concerne notre modèle de société.
On ne construit pas l’avenir en fragilisant ceux qui le rendent possible chaque jour.
Le gouvernement wallon a mis en place un comité d'experts pour travailler sur une fiscalité plus équitable. Nous souhaitons être associés rapidement aux travaux qui suivront les conclusions afin d’entreprendre des réflexions fiscales, avec des perspectives de refinancement des services publics et des services au public, dans une optique socialement juste.
On estime qu'avec tout cela, on a là des motivations suffisantes pour manifester et pour demander une rencontre avec les responsables des groupes parlementaires et avec le ministre-président de la Région wallonne.
1. L’Info abordera cette question dans un prochain numéro.
© Samuel Defourny