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L'info n°912/05/23

Refaire du 8 mai un jour férié

Le 8 mai 1945, jour de la défaite des nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, est profondément ancré dans les mémoires de nombreuses personnes. Ellen De Soete, accompagnatrice d'enfants et fille de la Résistance, milite pour que le 8 mai redevienne un jour férié officiel. Pour ce faire, elle a fondé la coalition du 8 mai. Elle a trouvé en Simon Gronowski, l'enfant juif qui a miraculeusement échappé au 20e convoi à destination d'Auschwitz, un soutien incontestable. «Cette période ne doit pas disparaître de notre mémoire collective.»

Lies van der Auwera

Simon Gronowski

 

  • Docteur en droit, avocat et pianiste de jazz.
  • Enfant, il a réussi à s'échapper d'un train à destination d'Auschwitz.
  • A perdu son père, sa mère et sa sœur pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • Prononce des discours dans le monde entier.

Ellen De Soete

 

  • Accompagnatrice d'enfants.
  • A témoigné en 2019 dans la série Canvas «Les enfants de la Résistance».
  • A fondé la coalition du 8 mai en 2022, une collaboration entre des organisations de la société civile et des individus issus des secteurs culturels et académiques.

Simon Gronowski vit et travaille près de l'avenue Louise, à Bruxelles. Avec Ellen De Soete, il contemple les photos d’une vieille boîte. «Voici ma sœur Ita, une pianiste brillante», dit-il à Ellen. Elle montre à son tour une photo de sa mère à l'âge de 19 ans. Rien dans cette image ne laisse supposer que cette jeune fille était une résistante pleinement active. Véritable passionné d'histoire, Simon a toujours un emploi du temps effréné à l'âge de 93 ans. Il plaide encore occasionnellement comme avocat, donne des concerts comme pianiste de jazz et témoigne dans de nombreuses écoles sur son parcours de vie. Une histoire qui défie l'imagination.


GRONOWSKI:
«À 11 ans, j'ai miraculeusement échappé à la mort. Un jour, ma mère, ma sœur et moi avons été arrêtés par la Gestapo. Mon père était alors à l'hôpital, mais ma mère a fait croire aux nazis qu'il était déjà mort. Après un mois à la caserne Dossin, ma mère et moi avons été embarqués dans un wagon à bestiaux, le 20e convoi à destination d'Auschwitz. Nous ne savions pas que le train nous mènerait à la mort».

«À un moment donné, j'ai senti que le train s'arrêtait, nous avons entendu des cris en allemand et des coups de feu. Il s'est avéré qu'il s'agissait d'une attaque de résistants contre le convoi. Lorsque le train est reparti, des hommes dans mon wagon ont réussi à ouvrir la porte. Ma mère m'a dit de sauter. Et c'est ce que j'ai fait. J'ai attendu ma mère, mais elle n'est pas venue. J'étais terrifié. Si j'avais su que ma mère ne sauterait pas, je ne l'aurais jamais fait non plus. J'ai marché toute la nuit jusqu'à ce que j'arrive au matin dans un village du Limbourg. Là, un gendarme, Jean, m'a accueilli et hébergé dans sa maison. Ma mère est restée dans le train et a ensuite été exécutée dans les chambres à gaz d'Auschwitz. Ma sœur a également été tuée à Auschwitz».

On combat l’extrême droite en votant pour des partis démocratiques.

Du hareng et de la morue

Ellen, votre mère est entrée dans la Résistance quand elle était jeune, comment en est-elle arrivée là?

DE SOETE: «Un jour, ma mère - alors âgée de 16 ou 17 ans - entre dans la cuisine et son frère est assis avec des armes posées sur la table. Il lui a immédiatement présenté un choix: soit tu te joins à nous, soit nous trouverons une autre solution. Ma mère n'a pas hésité une seconde».

«Au début, elle ne faisait que de petites courses, mais ses tâches sont vite devenues plus dangereuses. Par exemple, elle se rendait à vélo à Zeebrugge pour acheter du "hareng" ou de la "morue", un langage codé pour des armes et des explosifs. À un moment donné, elle a été trahie. Imaginez: elle avait 19 ans à l'époque, elle était nue dans une cellule, victime de tortures et de supplices. Mais elle n'a jamais trahi ses camarades».

«Ensuite, ma mère a été placée dans un train. Mais ce train n'est jamais parti. Des résistants du rail avaient saboté le train. Lorsque les portes se sont ouvertes, le quai était rempli de mitrailleuses. Un échange secret avait été conclu: des prisonniers de guerre allemands contre les gens du train. Comme Simon, ma mère a donc miraculeusement échappé à la mort».


Les Jeunes CSC ont participé le 29 avril dernier à une journée de lutte contre le fascisme et l’extrême droite au fort de Breendonk.

60 ans de silence

Votre mère et Simon ont gardé le silence sur la Seconde Guerre mondiale pendant des années.

GRONOWSKI: «J'ai gardé le silence pendant 60 ans. Jusqu'à ce que les gens autour de moi me poussent à raconter mon histoire. Aujourd'hui, on ne peut plus m'arrêter. S'il n'y avait pas la menace de l'extrême droite aujourd'hui, je ne me fatiguerais pas à parcourir toutes ces écoles».

DE SOETE: «Ma mère est restée silencieuse pendant plus de 70 ans. Ce n'est qu'à la fin de sa vie qu'elle a commencé à témoigner. Après sa mort, je suis entrée en contact avec de nombreux autres enfants de la Résistance. C'est ainsi que j'ai appris qu'il y avait eu 150 000 résistants en Belgique, dont 15 000 ont été tués. C'est comme si cette réalité avait disparu de la mémoire collective. Jusqu'en 1974, le 8 mai était un jour férié, mais il a ensuite été abrogé par le gouvernement Martens pour faire des économies. La mort de ma mère a fait germer dans mon esprit l'idée de rétablir le 8 mai comme jour férié officiel. C'est ainsi qu'est née la Coalition du 8 mai, une collaboration entre les syndicats, les organisations de la société civile et le monde de la culture. L'année dernière, nous avons organisé une première réunion à Breendonk.»

GRONOWSKI: «L'extrême droite est le berceau de la haine, du fascisme. Comment la combattre? Pas par la violence, je suis contre. Mais en votant pour des partis démocratiques. Par l'éducation, l'information et la mémoire aussi. Le combat de la coalition du 8 mai en fait partie. Parce que cela ne doit plus jamais se reproduire.»

© Johannes Van de Voorde, © Jeunes CSC