Génér’actions: clash ou match des générations?
Le 9 juin dernier, à la CSC de Liège, délégués syndicaux de toute la province, permanents et intervenants ont confronté idées reçues et réalités du terrain autour des relations intergénérationnelles au travail. Entre échanges, témoignages et apports de la recherche, cette journée de formation a rappelé une chose essentielle: les différences d’âge divisent moins que le manque de compréhension.
Loic Dechêne
«On a décidé de mettre en opposition les seniors et les jeunes pour faire un "clash" des générations. Pourquoi? Parce qu'à la CSC, on n’aime pas trop les stéréotypes et on trouvait que les jeunes générations souffraient de beaucoup de clichés, explique Catherine Deloo, permanente Diversité à la CSC Liège-Verviers-Ostbelgien. Tout le programme visait à conscientiser à la précarité des jeunes et à montrer que les difficultés intergénérationnelles ne viennent pas des différences elles-mêmes, mais plutôt du manque de compréhension.»
Au fil de la journée, plusieurs constats ont émergé. Chaque génération évolue dans un contexte économique et social différent: les baby-boomers ont connu les Trente Glorieuses et une plus grande stabilité de l’emploi, la génération X a traversé les premières crises économiques, les millennials et la génération Z accordent davantage d’importance au sens du travail et à l’équilibre de vie.
Mais ces catégories ont aussi leurs limites. «Les jeunes ne veulent plus travailler», entend-on encore souvent. «C’est une critique cyclique: Socrate déjà se plaignait des jeunes», relativise Catherine Deloo.
Margaux Hermant, chercheuse à l’Université de Liège, a apporté un regard critique sur la notion même de génération. Son étude qualitative sur l’intégration des jeunes en entreprise montre qu’il existe souvent davantage de différences au sein d’une même génération qu’entre générations. Le parcours de vie, le statut socioéconomique ou encore les expériences individuelles influencent davantage les comportements que l’année de naissance. Généraliser peut alors conduire à de l’âgisme ou à des discriminations.
Les échanges ont parfois été vifs autour des clichés sur les jeunes travailleurs. Entre critiques, témoignages du terrain et appels à mieux accompagner les apprentis, les débats ont surtout montré une réalité commune à toutes les générations : vouloir exercer son métier dans de bonnes conditions, être respecté, trouver du sens et pouvoir compter sur ses collègues.
Le programme visait à conscientiser à la précarité des jeunes et à montrer que les difficultés intergénérationnelles ne viennent pas des différences elles-mêmes, mais plutôt du manque de compréhension.
L’après-midi était consacré aux mobilisations de jeunesse à travers l’histoire: lutte contre la ségrégation, contestation de la guerre du Vietnam, Mai 68 ou encore marches pour le climat. Un rappel utile: les jeunes générations ne se sont jamais tenues à l’écart des combats sociaux. «On le voit d'ailleurs dernièrement avec la mobilisation étudiante. Ils se sont toujours mobilisés, on ne peut pas les taxer de fainéants», souligne Catherine Deloo.
Enfin, Isabelle Debroux, secrétaire fédérale, a conclu avec force: «Nos différences ne doivent pas nous diviser. Nos attentes communes sont évidentes: respecter la personne, exercer son métier dans les meilleures conditions, trouver du sens, compter sur ses collègues. Notre mission, c'est de construire des ponts, pas des frontières.»
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