La stratégie industrielle doit se concentrer sur le travailleur
Deux sommets majeurs pour sauver l’industrie européenne ont eu lieu en Belgique les 11 et 12 février. La CSC appelle les dirigeants de l’UE à se concentrer sur la sauvegarde de nos industries et de nos emplois.
David Morelli
Deux sommets pour sauver l’industrie européenne ont eu lieu en Belgique les 11 et 12 février.
Des produits chimiques aux métaux en passant par les pièces automobiles, l’industrie européenne subit de fortes pressions. Dans le secteur de la chimie par exemple, au moins vingt-et-un sites européens ont annoncé des fermetures et 30.000 emplois ont déjà été affectés. «Sans intervention, ce chiffre pourrait atteindre 200.000 en cinq ans», déclare Koen De Kinder de la CSC bâtiment-industrie & énergie (CSC BIE). Comme en témoigne notamment la restructuration en cours chez Thy- Marcinelle, la situation est également inquiétante dans la sidérurgie. «L’annonce par ArcelorMittal de la délocalisation vers l’Inde de plusieurs départements de support stratégiques et le gel des investissements clés liés à la décarbonation de ses sites européens alimentent la crainte d’un démantèlement progressif de ses sites industriels en Europe et mettent en péril les objectifs climatiques et industriels de l’Union européenne», affirme le secrétaire général de la CSC Metea, Lahoucine Ourhribel.
Dans les milieux patronaux, on entend malheureusement trop souvent que les droits des travailleurs sont le problème et que la dérégulation, sous prétexte de simplification, serait la solution. Une litanie qui n’a pas manqué d’être resservie lors des deux sommets que la Belgique a accueillis. Pourtant, constate la CSC, aucune usine ne voit sa production se réduire parce qu’il faut consulter les conseils d’entreprise ou parce que les travailleurs vulnérables méritent une protection minimale. «Les nombreuses décisions prises au cours des dernières années sur l’avenir de l’industrie ne fonctionnent pas, les subsides et les dérégulations ne pérennisent pas les activités industrielles et n’orientent pas les entreprises vers une transition plus respectueuse des travailleurs et du climat», rappelle Koen De Kinder.
Dans le secteur de la chimie, au moins 21 sites européens ont annoncé des fermetures et 30.000 emplois ont déjà été affectés.
L’Europe et ses États membres doivent mettre en œuvre une politique industrielle offensive.
Pour la CSC, les véritables défis structurels de l’industrie européenne, sont les prix élevés de l’énergie, la baisse de la demande et le commerce déloyal.
Les secteurs à forte intensité énergétique souffrent particulièrement des coûts de l’énergie bien plus élevés qu’aux États-Unis ou dans certaines régions d’Asie. L’Europe a donc besoin d’un plan pour accélérer la transition vers une énergie propre et abordable. «La situation actuelle pointe les effets négatifs de la dépendance aux énergies fossiles en Belgique et en Europe. Pour opérer ce changement, le secteur de la chimie doit pouvoir compter sur un accroissement accéléré des capacités d’énergies renouvelables, favorisés par l’intervention des pouvoirs publics et par le conditionnement social des aides aux entreprises», plaide Koen De Kinder.
Lorsque les consommateurs retardent leurs achats et que les gouvernements limitent leurs investissements, les usines tournent au ralenti. Il est urgent de stimuler la demande intérieure européenne. Les industries européennes subissent également la pression de surcapacités massives subventionnées par les pouvoirs publics d’autres pays, notamment dans les secteurs de la chimie, de l’énergie solaire, de l’acier, de l’automobile et des batteries. «Les chaînes de valeur stratégiques doivent être soutenues, la production circulaire et durable accélérée et les clusters chimiques intégrés, essentiels pour la pharma, la biotechnologie, l’hydrogène et les semi-conducteurs, doivent être maintenus», exhorte Koen.
Dans ce contexte, plutôt que de promouvoir la dérégulation, l’Europe et ses États membres doivent mettre en œuvre une politique industrielle offensive avec un cadre réglementaire durable et des marchés publics favorisant une industrie locale neutre en carbone.
La CSC plaide également pour des investissements publics et privés coordonnés à grande échelle afin de construire une capacité industrielle verte, résiliente et socialement responsable, garantissant l’accès à une énergie propre et abordable.
Pour M. Ourhribel, une politique industrielle européenne forte est indispensable pour garantir une production d’acier durable et des emplois de qualité pour les secteurs de la métallurgie et de la sidérurgie.
Toute aide publique ou marché public doit être conditionné à des critères sociaux transparents et à un ancrage local. À cet égard, Lahoucine Ourhribel demande une conditionnalité stricte de ces aides et des mécanismes de soutien à la transition industrielle. Elle appelle le Parlement européen à accélérer le vote et la mise en œuvre des mesures de protection de la sidérurgie européenne, notamment face aux pratiques de concurrence internationale déloyales.
Toute aide publique ou marché public doit être conditionné à des critères sociaux transparents et à un ancrage local.
Enfin, la transformation industrielle doit s’accompagner de justice sociale, de formation et du respect du dialogue social. «Il faut protéger les travailleurs, ajoute Koen De Kinder. Ils sont au cœur des activités du secteur et créent de la valeur. Sans eux, il n’y a pas d’industrie chimique».
La CSC appelle les dirigeants de l’UE à ne pas tomber dans le piège de la déréglementation et d’investir dans les personnes, la formation, la technologie et des emplois de qualité, véritable base d’une économie européenne en ligne avec les défis du futur.
Lors du Sommet du 11 février, industriAll Europe (IAE) et la CES ont présenté le point de vue des travailleurs européens et rappelé notamment que beaucoup trop d’entreprises donnent la priorité aux dividendes versés aux actionnaires plutôt qu’aux réinvestissements dans les capacités industrielles et les travailleurs. Les deux syndicats européens ont rappelé leurs priorités: une véritable stratégie industrielle, des investissements massifs – privés et publics – alignés sur la transition et un cadre de transition juste qui protège les emplois plutôt que davantage de mécanismes de marché qui les détruisent. «Les syndicats européens ont toujours soutenu les objectifs du Pacte vert. Mais soyons honnêtes: les conditions permettant aux travailleurs de continuer à soutenir cette transition ne sont tout simplement pas encore réunies. Et si nous ne remédions pas à cela, le projet est menacé», a déclaré Michael Vassiliadis, le président d’IAE, lors de la table ronde avec la présidente de la Commission et des dirigeants politiques. Et, avertissant que le fossé entre le discours politique de l’UE et la réalité vécue par les travailleurs se creuse, le président d’IndustriAll de conclure: «Le temps des excuses est révolu. L’heure est venue de trouver des solutions.»
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