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L'info n°1022/05/2026

La transparence salariale n'est pas un détail

D’ici juin 2026, la Belgique devra transposer la directive européenne sur la transparence salariale dans sa législation nationale. Pour les Femmes CSC, c’est un jalon pour l'égalité des droits entre les femmes et les hommes. Mais les organisations patronales souhaitent que la directive soit mise au frigo.

Patrick Van Looveren (adapt. D. C.)

Commençons par la bonne nouvelle: par rapport à la moyenne européenne, la Belgique se classe relativement bien en ce qui concerne l’écart salarial entre les femmes et les hommes. Cela s’explique par le fait que la grande majorité des salaires est fixée par des CCT négociées avec les syndicats, qui interdisent toute discrimination. Or, malgré ce score positif, un écart salarial persiste chez nous aussi. Selon les calculs de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, le salaire annuel brut moyen des femmes est inférieur de près de 3.500 euros – soit 7% – à celui des hommes. Ce chiffre tient déjà compte d’une correction liée à la durée du travail, car les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel. Sans cette correction liée au temps de travail, l'écart atteint 19,5%. «Seule la moitié de l’écart salarial peut s’expliquer par des "différences objectives", telles que le secteur dans lequel on travaille, la formation suivie, l’expérience professionnelle et l’ancienneté… ou le fait d’avoir des enfants, explique Aurore De Keyzer, responsable des Femmes CSC. Pour l’autre moitié de l’écart, il n’y a pas d’explication statistique. Les femmes gagnent moins. Pourquoi? Parce que!».

Visibiliser les inégalités

La directive européenne repose sur un principe simple: pour s’attaquer aux inégalités, il faut d’abord les rendre visibles. C’est pourquoi les candidats auront désormais droit à des informations claires sur le salaire lors du recrutement, et les travailleurs pourront savoir quelle est leur rémunération et celle de leur groupe de fonctions. Des différences restent possibles, mais l'employeur doit pouvoir les justifier de manière objective. Les entreprises devront également justifier les différences dans un rapport.

Pour la CSC, la transparence salariale est une étape logique dans la lutte pour l’égalité salariale et un travail décent. La Belgique dispose des outils, de l’expérience et du modèle de concertation nécessaires pour mener à bien cette tâche. Ce qu’il faut, c’est le courage politique de ne pas céder aux discours alarmistes des organisations patronales. La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) et le Voka, deux organisations d'employeurs, souhaitent en effet que la directive soit mise au frigo: ils craignent qu'elle n'alourdisse la charge administrative des entreprises et n'entraîne ainsi des coûts supplémentaires. La N-VA demande quant à elle le report de la transposition.

Ce qu’il faut, au contraire, c’est choisir résolument une mise en œuvre forte, cohérente et soutenue sur le plan social. L’égalité salariale n’est pas quelque chose qui se décrète. La transparence est la seule manière d’y arriver.

La directive européenne repose sur un principe simple: pour s’attaquer aux inégalités, il faut d’abord les rendre visibles.


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