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L'info n°0420/02/2026

Amazon

Le piétinement permanent des droits des travailleurs


«Travailler dur, s’amuser, écrire l’histoire».
Pour les travailleurs des entrepôts d’Amazon, le slogan de la firme de Jef Bezos ne remplit qu’une de ses promesses: travailler dur. Très dur. Trop dur.

David Morelli

En janvier dernier, trois vice-présidents d’Amazon ont été auditionnés au Parlement européen sur les conditions de travail dans les entrepôts de l’entreprise, centres névralgiques de la logistique du géant du commerce. «Cette audition a permis de voir le vrai visage de l’entreprise, déclare Ludovic Moussebois, responsable général Transport & Logistique. Peu importe la question posée par les parlementaires, la réponse était toujours la même: pas de convention collective, les problèmes se règlent via des entretiens individuels et la robotique aide les gens à travailler mi­eux. Ce qu’ils ne disent pas, c’est qu’ils augmentent dès lors la productivité.»

Piétinement des droits

Les profits colossaux d’Amazon se bâtissent sur la santé des travailleurs poussés à être performants jusqu’à l’épuisement. UNI Europa, dont la CSC Transcom est membre, dénonce depuis longtemps cette situation: harcèlement, rythmes intenables, gestes répétitifs, injonctions et surveillance permanentes sont le quotidien des travailleurs. «Aller aux toilettes à un moment qui n’est pas prévu dans leur organisation peut servir de levier pour pénaliser le travailleur. Est-ce vers ce modèle que l’on veut aller demain?», s’interroge le responsable Transcom. En janvier 2023, plus de la moitié des employés d’Amazon déclaraient, dans le cadre d’une étude internationale (1), que le système de contrôle des performances avait un impact négatif sur leur santé physi­que et mentale.
Face au piétinement permanent des droits des travailleurs et les difficultés, voire le refus de la concertation sociale, les syndicats attendent des mesures concrètes pour mettre fin à ce modèle d’entreprise abusif et intrusif.

Taxe Amazon

Pour UNI Europa, Amazon con­tinue de bénéficier d’un avantage économique injuste dans l’UE: les grandes entreprises numériques amé­­ricaines pai­ent un taux d’imposition moy­en d’environ 9,5%, alors que leurs concurrents européens sont soumis à des taux d’imposition deux fois et demie plus élevés. La fédération syndicale européenne a donc demandé à la Commission d’introduire une taxe globale sur les services numériques pour uniformiser les règles du jeu avec les employeurs européens qui paient leur juste part et concluent des accords avec les syndicats. Elle demande également qu’Amazon soit exclu des contrats publics lucratifs afin que l’argent des contribuables ne finance pas la répression syndica­le à l’américaine en Eu­­ro­pe.


«En résumé,
con­clut Ludovic Moussebois, mon senti­ment après ces deux heu­res de discours d’Amazon c’est: on ne va pas s’encombrer avec des syndicats, on parle avec nos travailleurs et soyez contents qu’on vous donne du boulot. C’est d’ailleurs le discours tenu aujourd’hui par toutes les grandes entreprises.»

Mon sentiment après le discours d’Amazon c’est: on ne va pas s’encombrer avec des syndicats, on parle avec nos travailleurs et soyez contents qu’on vous donne du boulot.




La Centrale nationale des employés (CNE)

portera plainte contre Amazon

Le géant du commerce emploie 400 personnes à son siège bruxellois et en Flandre. Alors que la firme a annoncé la suppression de 16.000 postes dans le monde, elle n’a donné aucune précision sur les conséquences éventuelles de sa restructuration en Belgique. Elle est pourtant légalement tenue d’informer correctement et dans les temps les représentants du personnel. Dans ce contexte, la CNE a annoncé qu’elle portera plainte auprès de l’inspection sociale.


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