«Cave»: la transition en immersion
Les syndicats testent le «jumeau numérique» de Bruxelles: et si on pouvait mieux comprendre les effets de nos décisions avant de les prendre?
Tom Meremans (adapt. D.Mo.)
Les délégués des trois grands syndicats belges impliqués dans le projet intersyndical Brise, dédié à la transition énergétique et numérique, ont poussé les portes de l’institut Fari. L'objectif? Tester leur laboratoire d’immersion virtuelle: le «Cave». Cet outil de simulation en 3D dédié à la négociation et à la concertation sociale pourrait bien bousculer la manière de négocier la transition.
L’immersion est immédiate. Face aux écrans du Cave, on plonge directement dans une réplique numérique de la Région bruxelloise. L’objectif de cette approche est d’explorer différents scénarios de décision et d’en visualiser – virtuellement, mais concrètement – les impacts possibles. Le principe est interactif: on fait varier différentes jauges en temps réel, comme le niveau de verdurisation d'un quartier ou la réduction du trafic automobile, et la machine calcule instantanément l'impact sur la qualité de l'air ou les îlots de chaleur.
Ce projet de «jumeau numérique» constitue une manière innovante d’alimenter la réflexion collective et d’outiller le dialogue social face à des enjeux de plus en plus complexes. Il ouvre des perspectives énormes pour la concertation sociale. Il permet de baser les revendications environnementales des syndicats sur des modèles scientifiques solides, de simuler l’impact écologique d’un plan de mobilité d’entreprise ou encore de prouver l’efficacité de la rénovation énergétique, d’ateliers ou de bureaux par exemple, avant même le premier coup de pioche.
Ce projet permet de baser les revendications environnementales des syndicats sur des modèles scientifiques solides.
Mais pour que cette promesse devienne réalité, le défi est de taille. Aujourd'hui, l'institut Fari manque encore de financements, de partenaires et de données précises. C’est un point crucial: pour que cet outil serve vraiment l’intérêt général, il doit rester public et indépendant. Sans un investissement fort de la Région, le risque est de voir cette technologie récupérée par des cabinets de consultance privés, plus habitués à chiffrer la rentabilité financière qu’à penser au bien-être des Bruxellois…
Les algorithmes pourraient-ils remplacer la négociation sociale? Jamais. Une machine peut simuler des flux de circulation, mais elle ne ressentira jamais la fatigue d’un travailleur posté ou le stress d’une fin de mois. La transition écologique ne se fera pas en déplaçant de simples curseurs virtuels. Elle se fera sur le terrain, avec les travailleuses et les travailleurs. Sans prétendre remplacer la discussion entre partenaires sociaux, ces outils ouvrent des pistes intéressantes pour enrichir la compréhension des dynamiques en jeu. C'est précisément pour cela que le monde syndical doit se saisir de ces avancées technologiques: pour orienter ces innovations vers le progrès social.
© Institut Fari