Le train de nuit connaît un regain d’intérêt auprès du public. Dans une Europe où les transports sont responsables d'un quart des émissions de gaz à effet de serre, il joue également un rôle dans la transition écologique et sociale.
Paul Larue
Entre 1945 et 1980, le train de nuit fait partie intégrante des habitudes de voyage en Europe. L'arrivée du TGV, le développement des autoroutes, de l'avion et des autocars ont progressivement fragilisé ce modèle. Les investissements chutent, les mœurs changent et les pouvoirs publics s'en désintéressent. En 2019, il ne reste plus que 69 lignes de train de nuit en Europe, contre 252 au 20e siècle. Cette évolution est avant tout le résultat de choix politiques. Là où les États et les opérateurs ont coopéré, notamment en Europe centrale, des réseaux solides ont été préservés. Depuis 2019, le train de nuit se développe à nouveau grâce à une demande croissante du public. Cependant, la réponse politique à l’échelle européenne reste globalement timide.
Les trois principaux critères dans le choix d'un mode de transport sont la durée du trajet, le niveau de confort et le prix du billet.
Un voyage en train de nuit dure entre 8 et 14 heures, mais les voyageurs dorment une bonne partie du trajet. De plus, il arrive tôt le matin, généralement directement en centre-ville, ce qui permet aux travailleurs et aux touristes d'économiser une nuit d'hôtel tout en étant reposés et disponibles dès leur arrivée. Enfin, le train de nuit dessert des territoires plus isolés, favorisant ainsi un aménagement du territoire inclusif. Prendre le train de nuit invite à repenser notre rapport au temps et aux déplacements. Ralentir ne permettrait-il pas de prendre mieux conscience du monde qui nous entoure? Mais nous est-il permis de ralentir? L’initiative mise en place en France par l'entreprise Ubiq, le «Temps de Trajet Responsable», fait réfléchir: elle permet aux salariés de prendre une journée de congé supplémentaire s’ils prennent un transport bas carbone pour partir en vacances. Des initiatives similaires existent également en Angleterre et en Suisse.
Mais le prix du train reste élevé face à ceux, artificiellement bas, de l’avion. Pour rendre les billets moins chers, des mesures comme la réduction de la redevance d'accès aux voies ou de la TVA pourraient être envisagées.
La rentabilité du train de nuit est régulièrement critiquée. C'est à nuancer. Le secteur aérien bénéficie en effet d'importants avantages fiscaux, comme l'absence de taxe sur le kérosène ou de TVA sur les vols internationaux, ce qui coûte cher à la collectivité. Réfléchir à une fiscalité plus juste devient alors nécessaire. Ensuite, ces coûts peuvent être envisagés comme un investissement social et écologique. Développer les trains de nuit créerait en effet de nombreux emplois: personnel de bord, conducteurs et conductrices, équipes de nettoyage, de maintenance et de réparation. Certes, la transition écologique et sociale a un coût, mais celui de l'inaction serait encore plus élevé pour l'ensemble de la société.
L‘engouement du public pour le train de nuit doit s'accompagner d'un réseau fiable, d'itinéraires clairs et d'un service de qualité. Cela suppose des investissements durables ainsi que des moyens humains et financiers à la hauteur des ambitions affichées.
Certaines entreprises étrangères offrent une journée de congé supplémentaire si le travailleur voyage avec un transport bas en carbone.
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en train de nuit (en anglais) sur back-on-track.eu/night-train
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