Une étude réalisée par Mob’ISP1 dresse un état des lieux inédit des pratiques et difficultés de déplacement des demandeurs d’emploi peu qualifiés en parcours d’insertion.
D.E.
L’enquête, menée auprès de 500 personnes qui fréquentent une trentaine de Centres d’insertion socioprofessionnelle (CISP) confirme que 40% seulement des personnes qui fréquentent ces centres possèdent un permis de conduire, contre 84% dans la population wallonne. Et un tiers ne dispose ni de voiture, ni de vélo.
Leurs difficultés d’accès aux transports entraînent des renoncements significatifs: 20% ont refusé un emploi, 40% ont manqué une formation, 33% ont raté un rendez-vous administratif ou médical.
L’étude met en évidence un cercle vicieux entre précarité et mobilité: les difficultés de déplacement limitent l’accès à l’emploi, à la formation, aux soins, et renforcent l’isolement. Elle révèle aussi une stratification interne: les hommes demandeurs d’emploi motorisés sont mieux armés pour faire face à leurs besoins, tandis que les femmes avec enfants, surtout d’origine étrangère, en formation de base, cumulent quant à elles les obstacles.
Quelles sont les attentes de ces publics en matière de mobilité? L’étude cite les points d’attention suivants: des bus fiables, nombreux, à l’heure, des formations à la conduite bon marché et plus faciles à suivre, un examen théorique pour le permis B en français facile à lire et à comprendre, des conseils et de l’aide pour l’achat et l’entretien d’une voiture d’occasion, une baisse des tarifs SNCB, des pistes cyclables sécurisées, etc.
L’étude se clôture sur une série de recommandations pour repenser la mobilité en Wallonie, en intégrant les besoins spécifiques des publics précarisés. Parmi celles-ci: créer des pôles multimodaux locaux, soutenir les auto-écoles sociales, adapter les examens théoriques, intégrer des modules mobilité dans les parcours d’insertion socioprofessionnelle, réduire les tarifs des transports en commun, améliorer l’information et le langage des opérateurs de transport… Autant de mesures qui conduiraient à leur ouvrir la voie vers une vie plus digne et plus autonome.
La hausse substantielle des prix de l’essence et du diesel pose une fois de plus la question de la dépendance aux énergies fossiles, notamment pour se déplacer. Elle souligne également la nécessité d’une prise en compte d’une politique de mobilité multimodale.
Concrètement, la multimodalité ne se résume pas à un simple changement de mode de transport (par exemple, de la voiture au train). Il s’agit avant tout de réfléchir avant de prendre sa voiture.
1. «Sous les radars, la galère», étude Mob’ISP, menée par la Fédération CAIPS, avec le soutien de la Wallonie.