Lédito

L'info n°0621/03/2025

Le droit de grève plus menacé que jamais

Le droit de grève est bien plus qu’une simple possibilité d’arrêter le travail. Il fait pleinement partie des actions qui permettent aux travailleurs de faire entendre leur voix et de concrétiser leurs revendications. Sans lui, les victoires sociales que nous tenons pour évidentes aujourd’hui n’aurai­ent jamais vu le jour. Pourtant, ce droit est aujourd’hui plus menacé que jamais.

Plusieurs propositions de lois cherchent en effet à encadrer la grève, voire à la limiter. Sous couvert de garantir la «liberté de travailler» des non-grévistes, certaines initiatives politiques prévoient des sanctions pénales contre ceux qui entraveraient cette liberté. D’autres vont encore plus loin en voulant «règlementer» les conflits sociaux. Il s’agit d’une attaque frontale contre le droit de grève, qui, rappelons-le, est un droit fondamental reconnu par la Charte sociale européenne et l’Organisation internationale du travail.

Par ailleurs, la judiciarisation croissante des conflits sociaux inquiète. La réapparition des requêtes unilatérales des employeurs, permettant d’obtenir des interdictions de piquets de grève sans même entendre la partie syndicale, est préoccupante. Bien que condamnée par le Comité européen des droits sociaux en 2011, cette pratique a refait surface avec une ampleur inédite lors du conflit chez Delhaize en 2023.

Enfin, la volonté du gouvernement de modifier le statut juridique des syndicats sous prétexte de «garantir leur protection» cache une autre réalité. Derrière cette intention se cache une vision très verticale de la société, dans laquelle seuls les partis politiques seraient légitimes pour agir à l’issue des élections. Cette vision étroite de la démocratie n’est pas la nôtre.

Affaiblir le droit de grève, la liberté d’action collective, c’est affaiblir l’ensemble des droits sociaux. L’histoire nous l’a montré: sans mobilisations, pas de progrès. Nos mobilisations témoignent de la colère face à la difficulté – voire au refus – de certains de considérer que travailler dans de bonnes conditions et gagner dignement sa vie sont des conditions sine qua non d’une société solidaire.

Marie-Hélène Ska, secrétaire générale

Affaiblir le droit de grève, la liberté d’action collective, c’est affaiblir l’ensemble des droits sociaux. L’histoire nous l’a montré: sans mobilisations, pas de progrès.