L'essentiel icon

L'essentiel

L'info n°1310/07/2026

Job+: jobs en mieux?

La réforme des dispositifs wallons de soutien à l’emploi est entrée en vigueur le 1er juillet dernier.

David Morelli

Baptisé «Job+», le nouveau mécanisme d’aide à l’emploi abroge les aides Impulsion, Sesam, Sine et Tremplin+, et les rassemble en un seul dispositif. Objectif: à l’heure où plus de 100.000 demandeurs d’emploi ont été exclus des allocations chômage, cibler davantage les personnes les plus éloignées de l’emploi. «Ces personnes se retrouvent sur le marché du travail avec très peu d'opportunités de se faire engager par un employeur qui va considérer qu’il est risqué d’engager un jeune, un chômeur longue durée ou une personne de plus de 57 ans. On peut suivre le gouvernement sur l’idée de concentrer les moyens sur les publics qui en ont le plus besoin», explique Pierre Ledecq, conseiller au service d’études de la CSC.

Le cœur de la réforme repose sur la mise en place d’une aide à l’emploi dont le montant, versé à l’employeur, peut at­tein­­dre jusque 1.200 euros pour les PME de moins de 20 travailleurs, pour une durée et avec une intensité modulée selon le profil du travailleur (voir tableau). Le dispositif, accessible à tout de­mandeur d’emploi inscrit depuis minimum 4 mois au Forem, s’ouvre également aux demandeurs d’emploi reconnus comme ayant une «aptitude réduite au travail». Le nombre de personnes qui pourraient être reconnues comme telles – ouvrant ainsi la possibilité, sous conditions, de bénéficier d’une aide renouvelable dépendra des critères (santé, mobilité, garde d’enfants…) que le gouvernement décidera de prendre en considération.

L’insertion: un nouveau marché pour l’intérim

Le dispositif, dont les arrêtés ont été décidés par le gouvernement en dehors de toute concertation sociale, va avant tout bénéficier au secteur privé (lire article sur la suppression des aides Sine dans l’app de L’Info n°10) et aux agences d'intérim. Pour Pierre Ledecq, l’ouver­tu­re de ces aides aux agences d’intérim est problématique. «C’est l’agence, employeur légal, qui va récupérer la prime, alors que c’est l’entreprise utilisatrice qui prend le risque d’engager un chômeur de longue durée sans qualification. C’est d’autant plus inacceptable que le choix d’obliger (ou pas) les agences d’informer l’entreprise utilisatrice qu’elle bénéficie d’une aide sera laissé à l’appréciation du ministre».

La condition pour que les agences d’intérim puissent toucher ces aides se limite à proposer un régime de prestations de minimum un mi-temps sur 3 mois. Pas de contrat de travail donc, ni d’obligation de proposer une occupation minimum de 3 jours successifs. «Dans un scénario du pire, des agences d’intérim peu scrupuleuses pourront balader un intérimaire d’un contrat journalier à un autre, et même pas nécessairement chez le même client… On est loin d'une inclusion durable et de qualité dans un emploi», déplore le conseiller.

Ce dispositif, décidé en dehors de toute concertation sociale, va avant tout bénéficier au secteur privé.

© Source: Forem. 

Emplois fragiles et effet d’aubaine

Si la simplification ou encore le ciblage des publics éloignés de l’emploi sont des avancées, cette réforme, qui semble également motivée par la volonté de trouver de nouveaux marchés pour les agences d’intérim et par la réduction des dépenses publiques, ne crée pas d’emploi. Elle risque par ailleurs de se faire au détriment de sa stabilité et de sa qualité. Le gouvernement va subsidier massivement quelques emplois alors qu’une aide plus réduite aurait sans doute atténué des effets d’aubaine et permis à davantage de demandeurs d’emploi de s’insérer sur le marché du travail.


© Jean-Luc Flémal – Belpress.com