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L'info n°1310/07/2026

Dernier kilomètre:

la livraison sous pression

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Derrière le succès phénoménal d’Amazon se cache la réalité de ces «nouveaux esclaves» que sont les livreurs de colis que sous-traite l’entreprise de Jef Bezos.

David Morelli

Depuis l’ouverture de son premier bureau en 2015 et le lancement de son site web belge en 2022, Amazon a le vent en poupe en Belgique. L’entreprise emploie directement plus de 400 personnes dans son centre de distribution anversois et, indirectement, plusieurs milliers de person­nes pour assurer ses livraisons. Dans sa volonté d’expansion en Europe, elle se donne les moyens pour, notamment, mettre en place un service de livraison en 24 heures et va investir pour ce faire plus d’un milliard d’eu­ros en Belgique d’ici 2027.

Mais sur quoi se sont bâtis ces moy­ens colossaux? Notamment sur le piétinement systématique des droits des travailleurs de leurs entrepôts (lire L’Info n°4). Et à entendre Ludovic Moussebois, responsable général Transport & Logistique à la CSC Transcom, la situation des sous-traitants qui organisent les livraisons n’est guère plus enviable. «Nous nous intéressons particulièrement aux conditions de travail des livreurs. Il n'y a aucune protection pour ces travailleurs, qui sont souvent des per­sonnes sans beaucoup de compétences ou de diplômes, majoritairement issues de l'immigration. Les employeurs profitent de leur méconnaissance des réglementations pour leur faire faire tout et n'importe quoi.»

Esclavage rémunéré

Au quotidien, leur travail dans une entreprise de sous-traitance qui organisent la «livraison du dernier kilomètre», s’apparente à de «l’esclavage rémunéré»1. «Concrètement, ces livreurs sont obli­gés de prendre tous les paquets qui sortent ce jour-là [souvent entre 200 et 300, NDLR] et de les distribuer, quoi qu’il arrive, dans la journée. Cela expli­que d’ailleurs pourquoi on retrouve des paquets mis un peu n'importe comment: ils doivent aller vite.» Ces travailleurs précaires, qui travaillent pour moins de 15 euros de l’heure, ne sont payés que jusqu'à 20 heures. S’il reste des paquets à distribuer après, ils devront terminer la livraison, sans toucher la moindre heure supplémentaire. «Le fait qu’­ils roulent dans des véhicules qui sont dans des états lamentables rend encore un peu plus pénibles leurs conditions de travail. Les employeurs jouent avec la sécurité des travailleurs mais aussi avec celle des autres usagers de la route», ajoute M. Moussebois.

Il n’y a aucune protection pour les livreurs, qui sont souvent des personnes sans beaucoup de compétences ou de diplômes, majoritairement issues de l'immigration.

Licenciés via WhatsApp

Le licenciement collectif qui a eu lieu chez KM Group, un sous-traitant d'Amazon à Flémalle, fin juillet 2024, constitue un autre témoignage de la précarité des emplois des travailleurs sous-traités par Amazon. «C’est par WhatsApp que 100 livreurs ont été informés de leur licenciement dès le lendemain, explique le responsable de la CSC Transcom. La faillite de l'entreprise a été annoncée sans réunion préalable ni concertation sociale. Les travailleurs n’ont pas touché le salaire de juillet et ils sont restés trois mois sans aucun revenu: aucun des documents nécessaires pour demander des allocations de chômage ne leur a été envoyé. Il nous a par ailleurs été impossible d’entrer en con­tact avec le sous-traitant responsable de l’entrepôt et avec Amazon.» Pourtant, sur le marché du transport de colis, les sociétés qui font appel à de la sous-traitance doivent en principe vérifier qu’elles respectent bien la législation sur le travail. «Le message d’Amazon, c’est que cela ne ressort pas de sa responsabilité. Et dès le lendemain, les paquets ont été livrés par d’autres sous-traitants. Tant que ses paquets sont livrés, le reste, Amazon s'en fiche», fulmine M. Moussebois.

Face à ces situations, le syndicat se trouve aujourd’hui quelque peu démuni: «La CSC Transcom essaye de protéger les livreurs des dépôts locaux mais c'est difficile car ces entreprises sont morcelées, avec beaucoup de sous-traitance. Évidemment, quand un travailleur nous téléphone, on essaye toujours de faire le maximum pour l'aider, mais nous n'avons pas de possibilité de les représenter via une délégation syndicale. Pour pouvoir changer les choses, il faut avoir des leviers, avoir une représentativité. Or, l'autre difficulté, c’est que du côté d’Amazon, à part dans les grands entrepôts comme il en existe en France ou au Luxembourg, il est compliqué de trouver quelqu'un avec qui dialoguer localement», regrette M. Moussebois.

Dans ce contexte, seule une présence syndicale peut constituer un bouclier contre une dégradation des conditions de travail, comme chez bpost, (lire article page 12) ou pour faire respecter la législation, par exemple concernant la Loi colis (lire l'article en page 10).

Retrouvez l’émission #Investigation consacrée aux livreurs via ce lien.


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