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L'info n°1310/07/2026

plateformes

«Uber Eats a juste essayé de se décharger de ses responsabilités» 

Six ans après une grave chute qui le laissera handicapé, Aaron Perkins, livreur à vélo d'Uber Eats, a enfin obtenu une indemnisation. Le service United Freelancers de la CSC l’a soutenu durant son long combat juridique.

Propos recueillis par David Morelli

Le 19 août 2020, Aaron Perkins, qui travaille alors depuis quatre ans pour la plateforme Uber Eats, fait une grave chute à vélo à Berchem, près d'Anvers. «J'ai eu une fracture complexe juste en dessous du genou, explique le livreur d’origine anglaise qui vit en Belgique depuis ses 15 ans. J’ai déjà été opéré trois fois. Maintenant, ils vont devoir m’enlever tout le genou pour le remplacer par une prothèse. Je suis très inquiet à l’idée de subir cette intervention car, si elle se passe mal, je peux per­dre ma jambe…».

Uber Eats a une «petite assurance» de façade, qui est intervenue pour quelques milliers d’euros. Mais elle ne prévoit pas, comme une vraie as­surance accidents du travail, de remboursement complet ni de rente en cas d’invalidité permanente. La plateforme considère que M. Perkins travaillait en tant que prestataire au­tonome et que, de ce fait, il ne bénéficie pas de la couverture accidents de travail. Fedris refuse également d’indemniser le livreur du fait qu’il ne serait pas salarié d’Uber.

«Suite à cet accident, j'ai eu des problèmes financiers, explique le livreur. J'ai dû quitter mon appartement par­ce que je ne pouvais tout simplement pas payer les frais. Mais j’ai eu la chance d’être soutenu par United Freelancers. Sans ce service de la CSC, je n’aurais pas pu aller devant les tribunaux et supporter les coûts des procédures et des avocats.»


Victoires juridiques

Une action en justice est donc intentée afin de prouver que M. Perkins était bien salarié par l'entreprise et qu'il avait donc droit à une indemnisation ainsi qu'au remboursement de ses frais médicaux. Après une première victoire contre Fedris, Uber Eats va faire tierce opposition à la décision du tribunal d’Anvers.


«Après cette décision du tribunal en ma faveur, Uber a essayé de faire croire que je travaillais en tant qu’indépendant. Ça n’a aucun sens: lorsque vous vous inscrivez en ligne, vous avez la possibilité de choisir ce statut – et vous devez dès lors fournir votre numéro d’identification fiscal – ou travailler en P2P, le régime de l’économie collaborative. J'ai bel et bien choisi cette option. Uber Eats a juste essayé de se décharger de ses responsabilités»
, constate amèrement le livreur.

En avril dernier, le juge du travail du tribunal d’Anvers a confirmé que Perkins était bel et bien salarié d'Uber et que Fedris, en l'absence d'une assurance complète de la part d'Uber, devait indemniser le coursier.

Il est important pour les livreurs d’être reconnus comme des travailleurs et de bénéficier de la couverture accidents de travail.

Soutien en retour


«J’ai traversé une période très difficile, mais je vois la lumière au bout du tunnel,
se réjouit Aaron Perkins, qui a fêté ses 51 ans en mai. Je pense que beaucoup de travailleurs ont vécu la même chose que moi. Il est donc de mon devoir de soutenir à mon tour United Freelancers en contribuant à la sensibilisation des livreurs des plateformes sur l’importance d’être reconnus comme des travailleurs et de bénéficier de la couverture accidents de travail. Et concernant mon avenir, j’aimerais notamment produire des soirées dont les bénéfices iraient à une organisation caritative pour les personnes qui traversent les mêmes souffrances que moi.»





© David Morelli