L’accord de gouvernement abordait les aidants-proches en ces termes: «Il faut mieux les soutenir et renforcer leur statut et leurs droits». Ce n’est manifestement pas le chemin qu’a pris la réforme du chômage.
David Morelli
La réforme du chômage n’est pas adaptée aux parents d’enfants porteurs d’un lourd handicap, forcés à mettre tout ou partie de leur carrière en retrait afin de s’en occuper dignement.
Pour la Ligue des familles (LDF), la réforme du chômage est aveugle à de nombreuses réalités personnelles, professionnelles et familiales (1): parents solos avec enfant(s) en bas âge, grave pénurie de crèches, horaires atypiques incompatibles avec la garde d’enfants… Elle oublie aussi les parents d’enfants porteurs d’un lourd handicap, dont l’un des deux est forcé de mettre tout ou partie de sa carrière en retrait afin de s’en occuper dignement. «[Leur] situation constitue un cas aigu de situation familiale où le bon sens et l’humanité devraient permettre à ces personnes de continuer à être protégées par la sécurité sociale à laquelle elles ont cotisé, le temps que la disponibilité de structures collectives et leurs perspectives professionnelles puissent leur permettre de décrocher un emploi adapté à leur situation familiale», déclarent la LDF, l’association Aidants-proches et la Fondation Susa (Service universitaire spécialisé pour personnes avec autisme), alertés par des parents angoissés par leur prochaine exclusion.
«Le système de chômage était déjà très largement insuffisant pour les aidants-proches. La réforme Clarinval aggrave le problème», constatent également les associations. Avant la réforme, les proches de personnes gravement malades ou d’enfants en situation de lourd handicap pouvaient lever leurs obligations de disponibilité à l’emploi durant trois à douze mois, renouvelables jusqu’à maximum quatre ans. La réforme n’a pas prévu de geler l’écoulement de la durée maximale du droit au chômage le temps de leur dispense. En d’autres termes, la dispense les autorise à percevoir leurs allocations sans avoir à chercher de travail, mais ne les protège en rien de la limitation dans le temps de leur droit au chômage…
Le système de chômage était déjà très largement insuffisant pour les aidants-proches. La réforme Clarinval aggrave le problème”.
Par ailleurs, en passant du chômage au CPAS, de nombreux parents d’enfants en situation de handicap risquent, en plus d’une perte de revenus (lire L’Info n°18, 2025), de se retrouver piégés par la réforme contre-productive pour le maintien dans l’emploi.
De très nombreux parents vont être exclus du chômage alors qu’ils travaillent un ou deux jours par semaine, via un temps partiel complété par un AGR (2) par exemple car, comme ils travaillent moins d’un mi-temps, soit une durée jugée insuffisante par l’Arizona pour être qualifiée de «travail», ils ne sont pas protégés de cette exclusion. En ce qui concerne les parents chômeurs complets qui travaillent certaines journées du mois, leur arrivée au CPAS n’empêche théoriquement pas de continuer une activité professionnelle ponctuelle, mais au-delà de 310 euros par mois, les revenus supplémentaires seront déduits du RIS. Ces parents seront donc pénalisés qu’ils travaillent peu ou gagnent plus. Les inscrire au CPAS est donc totalement contre-productif si l’idée est bien de les maintenir au travail.
Dans ce contexte, les associations appellent le gouvernement fédéral à agir avant que les exclusions (prévues en mars et avril pour la plupart pour ce type de configuration familiale) ne soient prononcées.
Sur les aidants-proche, lire également l’édito
(1) liguedesfamilles.be/article/exclusions-du-chomage-familles-fragiles
(2) L’allocation de garantie de revenus (AGR) permet d’éviter qu’une reprise de travail à temps partiel aboutisse à percevoir moins d’argent qu’au chômage. Le bénéficiaire reçoit son salaire et un prorata de son indemnité chômage, calculé sur la base du volume de temps partiel.