L’injustice s’épanouit d’autant mieux qu’elle s’en prend aux plus faibles. L’exclusion du chômage des aidants‑proches nous en offre encore l’illustration. Ces femmes et ces hommes assurent, gratuitement, une fonction que ni l’État ni le marché ne sont capables d’assumer: maintenir à domicile des personnes âgées, malades, handicapées. Ils portent sur leurs épaules un pan entier de notre système de solidarité. Et que leur répond-t-on? Qu’ils doivent prouver leur disponibilité pour un marché du travail qui les ignore. Qu’ils doivent retrouver un emploi stable alors qu’ils sont rappelables à tout instant. À défaut, ce sera l’exclusion du chômage et l’aiguillage vers le CPAS où nombre d’entre eux trouveront porte close, pour peu que leur compagne ou compagnon travaille.
Le cynisme du moment va plus loin encore. Une part importante des aidants‑proches travaille, souvent à temps très partiel. Non par confort, mais parce que les soins à apporter ne laissent pas d’autre possibilité. Ces contrats de quelques heures sont déjà synonymes de revenus insuffisants, de carrières émiettées, de pensions minuscules. Et voilà que la réforme en cours s’apprête à les priver aussi de ce qui constituait jusqu’ici un motif valable de maintien de leur droit au chômage. Comme si leur engagement familial, social et humain n’avait aucune valeur. Comme s’il fallait, en plus de la fatigue, de la charge mentale et de l’isolement, leur ajouter la menace de perdre leur dernier filet de sauvetage.
Il est temps de regarder la réalité en face: exclure du chômage celles et ceux qui soutiennent leurs proches fragiles est non seulement injuste, mais économiquement absurde et socialement indécent.
Aucun pays sérieux ne peut s’offrir le luxe de maltraiter ses piliers invisibles. Il est urgent d’inverser la logique: reconnaître, protéger et sécuriser les aidants‑proches, au lieu de les punir pour ce qu’ils apportent.
Leur situation, comme celle des jeunes ou des personnes malades, illustre une réalité de vie bien plus hétérogène que dans les stéréotypes de certains.
Marie-Hélène Ska, secrétaire générale
Il est temps de regarder la réalité en face: exclure du chômage celles et ceux qui soutiennent leurs proches fragiles est non seulement injuste, mais économiquement absurde et socialement indécent.