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L'info n°0818/04/2025

La limitation de la durée du chômage passe à côté de l’essentiel

L’accord de Pâques institue la décision de la coalition Arizona de limiter les allocations de chômage dans le temps. Cette mesure, que la CSC considère comme absurde, passe à côté de l’essentiel: le manque d’opportunités d’emploi.

David Morelli

La CSC déplore le contenu de l’accord de Pâques, conclu par le gouvernement fédéral le 12 avril dernier. Cet accord confirme notamment la limitation des allocations de chômage à deux ans dès le 1er janvier 2026. Pas moins de 120.000 demandeurs d’emploi vont perdre leur allocation de chômage, alors que rien ne prouve qu’ils trouveront du travail ou que cette limitation profitera à notre marché du travail.

Les demandeurs d’emploi de longue durée sont en moyenne plus âgés que les autres demandeurs d’emploi, ont plus souvent un faible niveau de formation et sont plus susceptibles de souffrir d’un handicap professionnel. Ils sont cependant motivés et talentueux. Ils ont toujours rempli leurs obligations en tant que demandeurs d’emploi. Souvent, ils ont déjà fait plusieurs tours sur le carrousel de l’activation, d’une trajectoire de formation à un autre stage d’expérience professionnelle. Les personnes qui n’acceptent pas une offre appropriée de formation ou d’emploi s’exposent déjà à des sanctions ou à une exclusion définitive. Il est donc étrange que les partisans d’une limitation des allocations de chômage parlent d’un système «confortable». Le chômage est tout sauf cela. Non seulement les demandeurs d’emploi de longue durée doivent se soumettre à de nombreuses obligations, mais les recherches montrent clairement qu’ils sont victimes de discrimination et de rejet sur le marché du travail, en raison de la durée de leur chômage mais aussi en raison de leur âge.

Trois arguments contestables

Alors pourquoi quelqu’un devrait-il perdre ses allocations de chômage au bout de deux ans? Trois arguments récurrents sont identifiables: «une limitation dans le temps est nécessaire car un système illimité n’existe nulle part ailleurs. Une limitation dans le temps permettrait d’économiser de l’argent. Et cela contribuerait à activer plus de personnes».

1 - «Le système illimité n’existe nulle part ailleurs»

Le fait que le système belge soit unique au monde et ne puisse donc pas être bon n’est guère convaincant. Selon cette logique, nous pouvons abolir à peu près tous les acquis de notre sécurité sociale. De plus, si le système est unique en ce qui concerne le chômage, il n’est pas exceptionnel. La plupart des pays transfèrent les demandeurs d’emploi de longue durée vers d’autres systèmes d’assistance sociale, qui ne sont rien d’autre que des systèmes d’allocations. Si l’on additionne le chômage et l’assistance en Belgique et que l’on fait la comparaison avec d’autres pays, on constate que notre pays ne compte pas excessivement plus de bénéficiaires d’allocations. Par contre, la distance par rapport au marché du travail augmente dès qu’une personne se retrouve dans un système d’assistance.

2 - «La limitation dans le temps permettra de faire des économies»

Qu’en est-il de l’argument des économies? Selon le Bureau du Plan, une limitation permettrait d’économiser environ 2,5 milliards à partir d’un an, et environ 1,5 milliard à partir de deux ans. Il ne s’agit toutefois pas d’une économie, mais d’une «impulsion budgétaire». Les coûts des allocations de chômage diminuent effectivement, mais pas les coûts pour la société. On peut en effet s’attendre à ce que le groupe des demandeurs d’emploi exclus se retrouve dans l’assistance sociale et les allocations de maladie, qui devront alors être financées par les administrations locales et d’autres branches de la sécurité sociale. Dans le modèle du Bureau du Plan, cet effet de va-et-vient est caché dans une série de paramètres, ainsi que dans toutes les autres propositions plus ou moins sensées que les partis ont fait calculer. Nous ne pouvons pas tirer grand-chose de ces chiffres.

3 - «Une limitation contribue à l’activation de plus de personnes»

Reste la conviction que la limitation du chômage constitue l’incitant financier ultime pour amener plus rapidement les gens à travailler. Cette conviction va à l’encontre de toutes les recherches qui montrent que les sanctions au niveau des allocations ratent complètement leur cible car le problème ne vient pas de l’incitant financier. Des analyses indiquent qu’une grande majorité des demandeurs d’emploi exclus ne peuvent pas trouver un emploi rapidement. S’il existait une offre adéquate pour eux sur le marché du travail, ils seraient déjà au travail. Leur besoin de soutien et d’accompagnement vers l’emploi ne disparait pas. Mais le suivi devient plus complexe, ce qui implique encore une augmentation des coûts. Plus encore, avec une exclusion ou une limitation dans le temps, nous perdons littéralement une partie des personnes, alors que le défi est précisément d’atteindre plus de personnes et de les convaincre de reprendre le travail.

Activer la politique de l’emploi

Limiter les allocations de chômage dans le temps revient aussi à nier la responsabilité des employeurs. Cela ne créera pas d’emplois convenables et ne fera pas disparaître la discrimination. Pour ce faire, une réelle politique s’impose. Tel est le défi que nos gouvernements, tant régionaux que fédéral, doivent relever. Nous devons construire un système qui permette à chaque travailleur de participer à part entière au marché du travail. Peu importe que ce soit dans le cadre d’un emploi de base, d’une offre dans l’économie sociale ou au sein d’un territoire zéro chômeurs. De nombreuses études montrent qu’une politique active de l’emploi est non seulement moins coûteuse, mais aussi qu’elle soutient mieux le revenu des personnes, et surtout leur rend leur dignité.

© Jean-Luc Flémal – Belpress.com