Une nouvelle fois, le gouvernement pénalise les pensionnés et ignore la concertation sociale.
David Morelli
Le 17 juillet dernier, le gouvernement a adopté la mesure de plafonnement qui limite la part des périodes de chômage, de prépension et d’emplois de fin de carrière prise en compte dans le calcul de la pension. Concrètement, à partir de juillet 2027, les montants des pensions pourront être constitués jusque maximum 40% par des périodes assimilées pour les personnes nées entre 1961 et 1964. Cette limite sera ensuite abaissée de 5% chaque année jusque 2031. À cette date, seuls 20% du montant des pensions pourront être constitués par des périodes assimilées.
Cette mesure touche principalement les travailleurs ayant de longues périodes de chômage et remet en cause les droits de nombreux travailleurs temporaires aux carrières précaires et/ou discontinues: travailleurs des Arts, intérimaires, saisonniers… «La mesure de plafonnement réduit les pensions de personnes qui, bien souvent, ne se sont pas retrouvées dans ces situations par choix. Une fois de plus, ce sont principalement les femmes qui en feront les frais, déclare Ann Vermorgen, présidente de la CSC. En incluant également les emplois de fin de carrière dans ce plafonnement, le gouvernement démontre qu’il n’a aucun respect pour la concertation sociale.»
En effet, en juillet 2025, les organisations de travailleurs et d’employeurs étaient pourtant parvenues à un accord prévoyant une exception pour les emplois de fin de carrière dans le cadre des différentes mesures annoncées en matière de pension. Bien que le ministre Jan Jambon ait indiqué qu’il respecterait cet accord social, le gouvernement De Wever en écarte des éléments essentiels et impose son propre agenda politique. Il agit de la même manière que lorsqu’il a rejeté la proposition des partenaires sociaux visant à offrir une alternative au plafonnement de l’indexation.
L’analyse du Conseil d’État avait par ailleurs déjà montré que la réforme des pensions du gouvernement entraînait une baisse de la protection, davantage d’inégalités et une plus grande insécurité pour des centaines de milliers de travailleurs. La Commission d’étude sur le vieillissement avait également averti que cette réforme augmente le risque d’une baisse des revenus de pension. «Les emplois de fin de carrière constituent un instrument essentiel pour permettre aux travailleurs de prolonger leur carrière dans des conditions soutenables. Ceux qui y ont recours ne devraient pas être pénalisés au moment de leur pension», ajoute Ann Vermorgen.
La mesure de plafonnement réduit les pensions de personnes qui, bien souvent, ne se sont pas retrouvées dans ces situations par choix.
Il est néanmoins important de noter que les personnes bénéficiant de la pension minimum ne sont pas concernées par cette mesure et que les périodes de congé de maladie et de soins (congés de maternité et de paternité, congé parental et congé palliatif) ne sont pas soumises aux limites introduites. Des exceptions sont également prévues pour les dockers et les pêcheurs, mais pas pour les travailleurs des arts pour la période d’avant 2014. Ce traitement différentiel a suscité la montée au front de ces derniers pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une discrimination.
© Shutterstock