Le dossier

L'info n°1428/08/2026

Se mobiliser,

contre vents et marées

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L’année 2025-2026 a été rude pour les travailleurs et les allocataires sociaux. Face aux attaques des gouvernements qui détricotent leurs droits, amputent leur pouvoir d’achat et assombrissent l’avenir de la sécurité sociale, la CSC fait front pour limiter les dégâts mais aussi continuer à améliorer les conditions des travailleurs. Il est plus que jamais nécessaire de rappeler que la mobilisation (dans les entreprises, les rues, les tribunaux...) et la concertation sont moteurs de victoires et d’avancées. En voici quelques-unes.

David Morelli

Dans les entreprises et les secteurs

L’action collective paye

Pour les travailleurs d’Ikea (Hognoul), la surcharge de travail était devenue insupportable. Après dix jours de grève et une mobilisation qui a fait tache d'huile dans d’autres magasins du pays, un accord a été trou­vé entre la direction et le personnel du magasin. Les travailleurs ont obtenu du personnel supplémentaire pour alléger la charge de travail et des avancées en matière de formation, de planification des horaires et d'organisation du travail.

À l’issue de cinq jours de grève, le front commun des travailleurs de Zoetis (Louvain-la-Neuve) a obtenu l’octroi de la prime bénéficiaire qu’ils réclamaient et l’obtention d’une CCT90 basée sur des critères collectifs et atteignables.

Chez Alstom (Marcinelle), trois jours de grève permettent d’importantes avancées comme l’équité salariale entre ouvriers et employés, l’aug­­mentation de la prime de résultats, l’introduction de chèques repas ou un jour de congé supplémentaire dès 56 ans. 

Les 900 travailleurs de la Sonaca (Gosselies) obtiennent des avancé­es significatives après cinq jours de grève: amélioration des chèques repas, plus de congés d’ancienneté et des bonus plus équitables. Cet accord 2026-2027 permet à chaque travailleur un gain de près de 900 euros net par an. 

Après trois semaines de mobilisation chez TI Automotive (Wandre), le nombre de licenciements annoncé initialement passe de 28 à 18 : 10 emplois sont sauvés.

Après quatre mois de mobilisations, les travailleurs de l’usine PB Leiner (Vilvorde), mise en vente depuis la midécembre, obtiennent la garantie d’un plan social pour jusqu’à fin  2028, y compris en cas de faillite d’un repreneur. Les chèquesrepas ont également été augmentés de 2 euros.

La direction de l’entreprise de ti­tres-services Adieu Poussières (La Louvière) voulait réduire les chèques repas des 135 travailleuses de 8 à 4 eu­ros. Grâce à la concertation soci­ale, un accord fixe leur valeur à 6 euros dès mars 2026, avec récupération des arriérés.

Arrêts et avancées


• Alstom Belgium: une victoire syndicale pour les cadres
Après un combat judiciaire de huit ans mené par la CSC et la CNE, la justice belge a confirmé qu’Alstom Belgium n’avait pas le droit d’empêcher des membres de son personnel de représenter collectivement leurs collègues cadres.

• Croix Jaune et Blanche: un plan bien-être spécifique à la ménopause
En novembre 2025, la Croix Jaune et Blanche de Flandre orientale a conclu la première CCT du pays qui intègre un plan bien-être spécifi­que à la ménopause (lire article page 15).

• Honeywell: un arrêt historique
La CSC a intenté une action devant la Cour de cassation au nom d’une trentaine de travailleurs d’Honey­well qui contestaient la réduction des primes de leur assurance hospitalisation par leur employeur. La Cour a confirmé que les modalités des assurances hospitalisation convenues dans le cadre de la concertation sociale font partie des conditions essentielles de travail et ne peuvent être modifiées unilatéralement par l’employeur. Cet arrêt constitue une décision de principe qui pourra servir de référence dans d’autres affaires.

• Harcèlement: un signal fort de la justice
Thibaut (prénom d’emprunt), délégué suppléant au CE et au CPPT, doit arrêter de travailler du fait d’une maladie chronique. Sa reprise du travail en mi-temps médical avec des horaires aménagés aboutit à des pratiques de harcèlement et de discrimination de son employeur, sur base de son état de santé et de ses convictions syndicales. Avec l’appui de la CSC, Thibaut se défend, et le tribunal du travail de Liège condamne son employeur.

• Victoire des aides-ménagères en économie sociale
Suite à une longue mobilisation, une période transitoire est accordée aux aides-ménagères bruxelloises dans le cadre de la fin du cumul des aides sociales et des titres-services (lire L’Info n°11).

• Élections sociales: quand 1+1 fait 50
Deux ASBL situées en Province de Hainaut contestaient devoir organiser des élections sociales du fait qu’elles occupaient chacune moins de 50 travailleurs, seuil légal à partir duquel l’employeur doit instituer un Comité pour la Prévention et la Protection au Travail (CPPT). En défendant leur caractère juridiquement distinct, les employeurs cherchaient à éviter d’atteindre le seuil légal et se soustraire à leurs obligations en matière de représentation collective des travailleurs.

La CSC a initié une action judiciaire en démontrant que ces deux entités devaient être considérées comme une seule organisation au sens du droit social. La Cour du travail de Mons a confirmé que les deux ASBL, bien que juridiquement distinctes, étaient gérées par les mêmes administrateurs, développaient des services identiques et appliquaient une politique du personnel commune. Elles forment bien une seule unité technique d’exploitation. Elles doivent dès lors organiser des élections sociales en vue de mettre en place un CPPT. Cette décision peut empêcher, par jurisprudence, le contournement des obligations sociales par des montages juridiques artificiels.


© Samuel Defourny, Bart Dewaele