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L'info n°0506/03/2026

ETA

Harcèlement sexiste et sexuel: où en est-on?

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes,
L’Info revient sur les violences qu’elles peuvent subir. Focus
sur le harcèlement sexiste et sexuel dans les entreprises de travail adapté (ETA).

Vinciane Pigarella

En 2018, une personne sur cinq a été victime de harcèlement au travail1, que ce soit sous la forme de violence physique, violence psychologique ou de harcèlement sexuel. «On retrouve ces types de violence de manière plus frappante dans les ETA parce que c’est un public plus fragilisé, qui n’a pas toujours les moyens de se défendre, ou simplement d’exprimer un avis», explique Aurore Joly, permanente CSCBIE pour la région Namur-Brabant wallon. Dans la majorité des cas, les travailleuses en ETA ne sont pas prises au sérieux quand elles expriment un avis, une critique… Alors parler de harcèlement est davantage compliqué, d’autant plus quand le responsable hiérarchique est celui qui est responsable de la violence.


Des directions désœuvrées

Quand Ludovic (prénom d’emprunt), délégué syndical, apprend qu’une affiliée est victime de harcèlement sexuel de la part d’un supérieur hiérarchique, il se retrouve face à une direction désœuvrée, qui ne montre aucune réaction malgré un dossier de preuves et de témoignages. «Le harceleur a reçu une petite tape sur les doigts, rien de plus. Comment peut-il comprendre l’ampleur du problème?» Le harcèlement moral et sexuel (sur différentes victimes) a duré près de 15 ans, sans que ce responsable soit inquiété. Il a fallu attendre près de trois mois pour qu’une conciliation entre les différentes parties ait lieu. Lors de cette conciliation, la victime n’est pas présente. «Nous la représentons. Il y a un représentant de l’Aviq, le ou la permanente, la direction, un membre du CPPT. Lors de cette conciliation, les faits sont exposés, on explique ce qui va, ce qui ne va pas. On trouve une solution.» La solution dans ce cas-ci? Écarter la personne pour qu’elle ne soit plus en contact avec les ouvrières. La victime, qui a permis de lancer la procédure, elle a quitté l’entreprise.


Considérer la dimension spécifique d’une ETA

Dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, le combat est encore long pour libérer la parole des femmes, de manière générale. Ajoutons à cela la dimension du handicap, et nous avons un angle mort politique. «Il faut pouvoir proposer des structures, des solutions pour permettre aux femmes d’être entendues, prises au sérieux et d’avoir des actions en matière de prévention pour ne pas que cela arrive», souligne Aurore Joly, qui demande que la dimension complexe d’une ETA soit prise encore plus en compte à l’avenir. «Les employeurs, ensemble avec les organes de concertation, doivent fai­re des ETA des lieux exemplaires en termes de prévention contre le harcèlement en tout genre», appuie Luca Baldan, secrétaire fédéral en charge des ETA wallonnes, qui reconnait que, malgré les efforts consentis ces dernières année, il reste encore du chemin à parcourir pour que les entreprises de travail adapté deviennent des espaces inclusifs, solidaires et respectueux où les femmes en particulier peuvent s’épanouir sans avoir à lutter contre des formes de harcèlement sur les lieux de travail.

On retrouve ces types de violence de manière plus frappante dans les ETA parce que c’est un public plus fragilisé.

Comment lutter contre le harcèlement?

La CSC a mis en place des recommandations pour lutter contre le harcèlement, qu'il soit moral ou sexuel.


1. Source : Convention 190 de l’OIT sur la violence et le harcèlement (ratifiée par la Belgique en 2023).


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