Si l’indexation des allocations et des salaires de la fonction publique est réglée par loi, c’est au niveau de chaque commission paritaire des secteurs que ce mécanisme fait l’objet d’une décision dans le privé. Le pouvoir d’achat n’est donc pas protégé de la même manière pour tous.
Si le montant de la rémunération d’un travailleur restait identique tandis que le coût de la vie augmente, son pouvoir d’achat se détériorerait au fil du temps. En Belgique, les salaires et les allocations de sécurité sociale ont été liés à l’inflation, c’est-à-dire à l’augmentation des prix de certains services et produits. Le mécanisme de l’indexation consiste à lier le montant de la rémunération à la variation de ces biens et services afin de suivre l’évolution du coût de la vie. L’indexation n’est donc pas une réelle augmentation de salaire: le salaire qui augmente avec l’indexation permet juste de maintenir un niveau de vie équivalent lorsque les prix ont augmenté.
Dans certains secteurs, principalement issus du privé, l’indexation a lieu à un moment fixe: une fois par an pour la plupart ou, dans certaines commissions paritaires, tous les semestres, trimestres ou, parfois même, tous les mois. Dans d’autres secteurs, elle est liée à l’indice-pivot du gouvernement et intervient dès que l’inflation atteint un pourcentage déterminé, à un moment variable. C’est le cas pour l’indexation du traitement des fonctionnaires, des allocations sociales et des salaires des travailleurs de certains secteurs comme le secteur non-marchand (voir tableau). L’indice pivot ayant été dépassé en décembre 2025, les allocations de sécurité sociales, y compris les pensions, et les traitements du personnel des services publics ont été augmentées de 2% en mars 2026 (ces allocations et traitements ont été «harmonisés» en juillet 2025 dans le cadre de la loi-programme). Les travailleurs de plusieurs secteurs du non-marchand continuent à bénéficier d’une augmentation salariale dès le premier mois suivant le dépassement de l’indice pivot, soit en janvier.
En période d'inflation, une adaptation après le dépassement d'un indice pivot garantit mieux le pouvoir d'achat.
Mais en réalité, aucun système d’indexation ne permet de totalement compenser la perte de pouvoir d’achat provoquée par l’inflation. Pourquoi? Tout d’abord parce que l’indice santé, utilisé pour mesurer l’inflation, exclut certains produits jugés nocifs pour la santé ou l’environnement comme l’alcool, le tabac, l’essence et le diesel. Ensuite parce que tous les ménages n’utilisent pas leurs revenus de la même manière. C’est le cas par exemple pour les ménages qui consacrent une plus grande part de leurs revenus à l’énergie: en cas d’augmentation sensible des prix de l’énergie, ils subissent des pertes importantes malgré l’indexation, celle-ci s’opérant sur la base de la consommation d’un ménage moyen. Enfin, il y a un effet de décalage: plus on attend pour indexer, plus la perte subie entre-temps est élevée.
En période de forte inflation, les systèmes d’indexation qui prévoient une adaptation après le dépassement d’un indice pivot garantissent mieux le pouvoir d’achat que ceux qui prévoient une adaptation à un moment précis. Les travailleurs du secteur privé dont les salaires ne sont indexés qu’une fois par an subissent quant à eux des pertes de salaire plus importantes en période d’inflation forte.
Un saut d’index «met en pause» l’indexation pendant une période donnée. Pour le secteur public et les allocations sociales, où une indexation intervient lorsque l’indice pivot est dépassé, on «saute» une indexation. Pour la plupart des autres secteurs, où l’indexation intervient à un moment fixe, on soustrait 2% de l’indexation prévue.
Conséquences d’un saut d’index: les travailleurs et les allocataires reçoivent moins de salaire/d’allocations, au profit des entreprises et de l’État. Mais l’impact de ce saut se fera également sentir sur l’ensemble des indexations ultérieures puisque celles-ci seront calculées sur un montant inférieur, avec des conséquences sur les éventuelles allocations sociales ultérieures et le montant des pensions: moins votre salaire est élevé, moins vous constituez de droits de pension légale. Et plus jeune vous êtes au moment du saut d’index, plus vous allez perdre de revenu cumulé tout au long de votre vie.
© Paul Corbeel, CSC