Il faut cesser les amalgames
L’immigration n’est pas un problème à éradiquer, mais une réalité à organiser intelligemment.
Dans son discours de Nouvel An, le président du MR a évoqué le renvoi de détenus étrangers, le durcissement des critères d’obtention de la nationalité belge, ainsi que l’expulsion de quelque 120.000 personnes en situation dite «irrégulière», associant ces derniers à un non-respect de la loi. La CSC Migrants estime que ces propos «entretiennent une confusion dangereuse et stigmatisante, en opérant un amalgame entre différentes réalités juridiques et humaines.» Adriana Mammei, responsable nationale des Migrants CSC, rappelle que «la grande majorité des personnes arrivant sur le territoire belge le font de manière régulière et que les quelques 150.000 travailleurs sans papiers en Belgique participent pleinement à l’économie, souvent dans des secteurs en pénurie de main-d’œuvre.»
Le président du MR a également déclaré que la Belgique se serait «fourvoyée» en misant sur l’intégration plutôt que sur l’assimilation. «L’intégration suppose déjà le respect des lois, des valeurs communes, des droits humains et de l’égalité entre les femmes et les hommes, rappelle A. Mammei. L’assimilation, en revanche, implique une renonciation à l’identité culturelle, sociale ou religieuse des personnes concernées. Or, la Belgique s’est historiquement construite comme un modèle de pluralisme, où différentes cultures coexistent dans un cadre commun fondé sur le respect mutuel, l’État de droit et les libertés fondamentales. Opposer intégration et respect des valeurs est donc un faux débat.»
les quelques 150.000 travailleurs sans papiers en Belgique participent pleinement à l’économie, souvent dans des secteurs en pénurie de main-d’œuvre.»
Pour la CSC Migrants, l’enjeu central n’est pas «le durcissement idéologique, mais la mise en place d’une politique migratoire humaine, cohérente et réaliste». Elle appelle à cesser les amalgames et les discours stigmatisants et à ouvrir un débat responsable, basé sur les faits, la dignité humaine et l’intérêt collectif.
«L’immigration n’est pas un problème à éradiquer, mais une réalité à organiser intelligemment, dans le respect des valeurs fondamentales de notre société», conclut A. Mammei.
D. Mo.
© Shutterstock
«Le dernier costume n’a pas de poche»: mémoire migrante
La rhétorique migratoire de l’extrême-droite déshumanise les migrants en les présentant comme une masse indistincte et dangereuse, un tsunami prêt à s’abattre sur l’Europe pour la spolier.
Une déshumanisation qui évacue tout affect quant à leur sort, même quand il est tragique. Laurent Galandon, scénariste de BD, a rencontré en Tunisie un pêcheur qui a créé un «cimetière des inconnus», offrant une sépulture aux migrants morts anonymement en Méditerranée. À travers des récits de migration envisagés par ceux qui partent et ceux qui restent «au pays», l’auteur réhumanise les migrants en présentant leurs rêves, leurs désillusions et leurs déchirements. Ce bouleversant roman graphique rend hommage à l’humble mais extraordinaire travail de mémoire réalisé par ce bénévole du Croissant Rouge à l’attention de ses frères et sœurs humains pour qui l’aventure s’est arrêtée tragiquement avant d’atteindre les rivages de l’Europe.
L’auteur réhumanise les migrants en présentant leurs rêves, leurs désillusions et leurs déchirements.
«Le dernier costume n’a pas de poche» de Laurent Galandon et Paolo Castaldi, Futuropolis, février 2025, 164 pages.
© Futuropolis