Bernard Dessy, responsable national des Jeunes CSC, commente pour L’Info le mouvement de contestation des jeunes qui se sont massivement mobilisés en Wallonie pour défendre l’enseignement
et leur avenir.
Propos recueillis par David Morelli
Nous nous réjouissons de cette mobilisation, assez inédite. Depuis plus d'un an, les syndicats alertent sur les conséquences des réformes envisagées puis mises en œuvre par les différents gouvernements. Aujourd'hui, les jeunes constatent concrètement leurs effets. Beaucoup d'élèves ont compris que si les conditions de travail de leurs professeurs se détériorent, cela aura un impact direct sur la qualité de leur enseignement et donc sur leur avenir. La mobilisation est née notamment d'un mouvement de solidarité envers les enseignants, mais ce qui est en jeu dépasse largement l'école: c'est une certaine vision de l'avenir de la jeunesse.
La plupart des messages se rejoignent, notamment concernant l'effort budgétaire que font porter le gouvernement Azur sur les jeunes et les enseignants: augmentation du coût du minerval, dégradation des conditions d'enseignement, extension du travail étudiant jusqu'à 650 heures par an… À quel moment l'école et les études redeviennent-elles une priorité pour ce gouvernement? Alors qu’on lui reproche souvent d'être désengagée, il faut être admiratif de cette jeunesse qui questionne l’avenir que le politique lui construit. C'est notre rôle en tant que jeunesse syndicale de porter leur voix.
Il faut être admiratif de cette jeunesse qui questionne l’avenir que le politique lui construit.
Clairement. On reproche souvent aux jeunes d'être désengagés. Ici, ils montrent que la jeunesse peut être critique et qu’elle veut faire des contre-propositions face à une société qui n’évolue pas en sa faveur. Il faut saluer cette capacité à réfléchir, à analyser et à questionner les décisions politiques plutôt que de se focaliser sur la forme que peut prendre la contestation lorsqu’elle s’exprime dans l’espace public.
Notre démarche n'a bien sûr jamais été de récupérer le mouvement. Nous avons été présents pour écouter, informer et accompagner. Le fait que certains jeunes aient considéré que venir nous voir constituait un premier pas logique pour comprendre leurs droits, organiser une action collective ou mettre en place une manifestation, est plutôt réjouissant. Notre rôle est d'offrir un cadre structuré pour mener leurs premières
actions. À Liège, par exemple, des permanents ont accompagné plusieurs milliers d'élèves lors d'une manifestation pacifique pour qu’ils puissent exprimer leur colère dans un cadre safe.
Notre démarche n'a bien sûr jamais été de récupérer le mouvement. Nous avons été présents pour écouter, informer et accompagner.
Il faut replacer ces événements dans un contexte où les jeunes réagissent, de manière pas toujours légale mais légitime, aux conséquences de choix politiques, comme l’investissement massif dans la défense plutôt que dans les conditions d’étude des élèves. On se focalise sur la forme que peut prendre la contestation dans l’espace public, mais il ne faut pas taire la violence institutionnelle qui la fonde et la répression que les manifestants pacifiques ont subi.
Le projet de société que mettent en place les gouvernements Azur et Arizona ne correspondent pas à la réalité des jeunes. Ils les poussent à jobber massivement pour pouvoir payer leurs études, mettant ainsi en péril leur projet d'études, qui plus est, sans se constituer de droits. De plus, les jeunes jobistes sont mis en concurrence avec les autres travailleurs. Plutôt que de laisser partir les gens à la retraite et de remplacer une série de travailleurs en fin de carrière, le gouvernement ouvre tous les secteurs aux flexi-job, qui, rappelons-le, sont à destination des personnes qui travaillent déjà et des pensionnés. Nous dénonçons également les politiques publiques de militarisation de la société: investissons dans l’avenir du pays et donc les jeunes, pas dans des armes. Ce sont les jeunes qui sont visés pour s’engager dans la Défense alors qu’ils s’engagent déjà ailleurs: études, projets locaux, organisation de jeunesse… Nous sommes contre le service «volontaire» dans un contexte de recul des droits sociaux et d’élitisassions de l’enseignement. Le logiciel est défectueux et s’attaque à ceux qui sont l’avenir de la société. Tant qu'il n'y aura pas un signe de changement de la part de nos décideurs, il faut s'attendre à voir encore un bon moment dans la rue nos revendications, notamment sur la hausse des coûts des études, et des messages de solidarité vis-à-vis des enseignants.
On se focalise sur la forme que peut prendre la contestation, mais il ne faut pas taire la violence institutionnelle qui la fonde et la répression que les manifestants ont subi.
© Bart Dewaele