Des choix équitables sont possibles! Le 9 octobre dernier, la CSC a fait entendre la voix des travailleurs aux partis de la majorité.
David Morelli
Une délégation de la CSC a rencontré Georges-Louis Bouchez, président du MR.
En amont du week-end de conclave budgétaire, la CSC s'est rendue aux sièges des cinq partis de la majorité. Des militants et travailleurs de différents secteurs ont pu faire entendre directement leurs voix aux responsables politiques. Ils ont en effet pu témoigner de la difficulté de boucler les fins de mois et d’équilibrer vie professionnelle et familiale. Ils dénoncent l’autorisation du travail du dimanche et du travail de nuit, l’hyper flexibilité toujours plus exigée, la concurrence des jobs étudiants et des flexi-jobs, la perspective de l’annualisation du temps de travail…
Les délégations ont été reçues par Les Engagés, le MR, le CD&V et Vooruit. La porte de la N-VA est quant à elle restée close, malgré trois tentatives de contact.
Au CD&V, le vice-président, Robrecht Bothuyne et la cheffe de cabinet, Nicole de Moor, ont affirmé être favorables à une répartition équitable des efforts. Ils ont souligné qu’il faut combattre toutes les formes de fraude et d’évasion fiscales, tout comme les subventions aux entreprises dont l’efficacité n’est pas démontrée, telles que celles accordées pour le premier engagement.
Le président de Vooruit, Conner Rousseau, s’est montré attentif aux préoccupations exprimées par les témoins. Pour son parti, toute remise en cause de l’indexation est non négociable.
Chez Les Engagés, le président Yvan Verougstraete s’est montré ouvert à une autre approche concernant les sociétés de management, les «voitures-salaires» et les aides aux entreprises. Le parti s’est également déclaré disposé à examiner d’un œil critique la question des cotisations sur le travail étudiant, afin que les étudiants cotisent équitablement et se constituent des droits sociaux.
La réunion au siège du MR, en présence notamment de Georges-Louis Bouchez et de son chef de cabinet, a confirmé les profonds désaccords sur quasiment l’ensemble des sujets abordés (pension, chômage, mobilité, enseignement…). Quelques constats communs ont néanmoins émergé, comme la nécessité d'évaluer les politiques publiques ou l’importance de la réindustrialisation. La délégation a également remis le budget alternatif de la CSC au président du MR qui s’est engagé à l’analyser et à reprendre contact à ce sujet.
Nous attendons des responsables politiques qu’ils entendent ce que les travailleurs ont exprimé.
Globalement, un message clair a été adressé aux partis: des alternatives aux mesures d’économie qui affectent le pouvoir d’achat des ménages existent. La CSC plaide entre autres pour la lutte contre les niches fiscales et l’évasion fiscale, une contribution plus équitable des grandes fortunes et des bénéfices exceptionnels, ainsi que pour la protection de l’indexation automatique des salaires et de la sécurité sociale. «Nous attendons des responsables politiques qu’ils entendent ce que les travailleurs ont exprimé et qu’ils en tiennent compte dans leurs décisions», conclut la secrétaire générale de la CSC, Marie-Hélène Ska.
«Il y a un slogan qui dit: «La jeunesse déteste le MR». Mais si on regarde toutes les politiques qui sont mises en place, on peut dire que c'est plutôt le MR qui déteste les jeunes. Ils ne s’attaquent pas seulement au monde du travail, mais aussi systématiquement à l'enseignement. Quand les jeunes essayent de faire entendre contre ça, la seule réponse du MR, c'est la répression. Face à la précarité étudiante, la solution du MR, ce sont 650 heures de job étudiant qui ne compteront même pas pour la pension et qui ne feront qu'augmenter les inégalités de réussite. Le MR déteste la jeunesse, mais la jeunesse ne se laissera pas faire et refuse ces mesures. Quand la jeunesse se met en mouvement, c'est toute la société qui tremble.»
Nicolas, membre du comité Jeunes CSC du Brabant Wallon
«Notre métier de femme de ménage est un métier exigeant physiquement: le corps est usé par les gestes répétitifs. Pour travailler un temps plein, on commence à 7h30 pour terminer à 19h, avec parfois des déplacements très longs entre deux clients et ce, alors que le prix du carburant a augmenté. Je ne tiendrai pas jusque 67 ans, ce n’est pas possible. Le MR nous avait promis 500 euros de plus. Nous nous retrouvons avec 300 euros de moins par mois. C'est honteux.»
Katty, travailleuse dans les titres-services
«Lorsque le moment de la retraite est enfin arrivé, les inégalités qui avaient jalonné toute ma carrière m’ont rattrapée une dernière fois. À cause des mesures du gouvernement Arizona, j’ai été placée devant un choix: après 43 années de carrière, j’ai dû arrêter de travailler en mai 2026. J’aurais pu continuer jusqu’en 2029. Mais en restant au travail quelques années de plus, je risquais de perdre mes premières années de carrière dans le calcul de ma pension. Rendez-vous compte de l’absurdité de la situation: j’ai dû partir plus tôt que prévu pour protéger le calcul de ma pension. Il n’est pas normal que celles et ceux qui ont travaillé toute leur vie soient pénalisés au moment même où ils devraient pouvoir profiter d’une retraite méritée parce qu’un gouvernement a décidé de changer les règles en cours de route. Il n’est pas normal que les femmes, qui ont déjà payé le prix des temps partiels imposés, des discriminations salariales et des carrières interrompues, soient une nouvelle fois les grandes perdantes de ces réformes. Beaucoup n’ont jamais eu les mêmes possibilités de carrière que les hommes. Aujourd’hui encore, elles en paient le prix au moment de la retraite. Une retraite digne n’est pas un privilège. C’est un droit.»
Christine, travailleuse chez Delhaize à la retraite
© David Morelli