L’édito

L'info n°1823/10/2026

Lutter contre les caricatures sur le chômage

Depuis des mois, certains responsables politiques justifient la limitation dans le temps des allocations de chômage en affirmant qu’elle pousserait les personnes sans emploi à retrouver du travail. Le raisonnement semble simple. La réalité, elle, l’est beaucoup moins.

Les résultats de l’enquête menée par la CSC et l’UCLouvain auprès des personnes exclues du chômage viennent rappeler une évidence que beaucoup ont préféré ignorer: les demandeurs d’emploi ne sont pas des profiteurs vivant volontairement dans l’inactivité. Au contraire. Près de neuf personnes sur dix ont travaillé au cours des douze derniers mois et/ou recherchent activement un emploi. Même parmi celles qui connaissent le chômage depuis de nombreuses années, la volonté de travailler reste largement présente.

Ces chiffres déconstruisent un récit qui a trop longtemps servi de justification à une réforme profondément injuste. Car le principal obstacle n’est pas l’absence de volonté. Il réside dans un marché du travail qui exclut, discrimine et précarise. L’âge, le manque d’emplois adaptés, les parcours de vie cabossés ou les problèmes de santé ferment trop souvent les portes de l’emploi.

Pendant ce temps, les premières conséquences de la réforme sont déjà visibles. Les exclusions ne conduisent que marginalement vers l’emploi. Elles poussent avant tout davantage de personnes vers les CPAS ou les font disparaître des radars administratifs. La pauvreté s’aggrave, les renoncements se multiplient, la santé se détériore. Certains sautent des repas, d’autres reportent des soins pourtant indispensables. Peut-on sérieusement parler de réussite lorsque l’on remplace un droit social par l’insécurité et l’angoisse du lendemain?

Plus inquiétant encore, c’est la confiance dans les institutions démocratiques qui s’érode. Quand des milliers de personnes ont le sentiment d’être abandonnées malgré leurs efforts, c’est le contrat social lui-même qui se fragilise.

La lutte contre le chômage mérite mieux que les caricatures. Elle exige des emplois de qualité, des politiques d’accompagnement efficaces et des allocations permettant de vivre dignement. Exclure n’a jamais créé d’emplois. En revanche, cela crée de la pauvreté. Et derrière chaque statistique se trouve une personne, une famille, une vie qui mérite considération et respect.

Daniel Cornesse, secrétaire national en charge des affaires wallonnes

Même parmi celles qui connaissent le chômage depuis de nombreuses années, la volonté de travailler reste largement présente.