67%: c’est le nombre de travailleurs parmi les personnes qui souffrent d’une affection grave ou de longue durée, ou qui s’en remettent, en général après une longue période d’absence (de six mois à deux ans). Parmi les personnes qui ne travaillent pas pour le moment, deux sur trois aimeraient reprendre le travail. Ces constats proviennent d’une vaste étude réalisée en Flandre auprès de plus de 1.300 personnes. Il n’existe pas à notre connaissance d’études similaires au niveau national, wallon et/ou bruxellois.
Plus des trois quarts des personnes interrogées travaillaient à temps plein avant leur maladie. La plupart se sont vu diagnostiquer un cancer. Le burnout, les troubles musculosquelettiques, la fibromyalgie et le Covid long sont d’autres pathologies qui compliquent les activités professionnelles. 17% des sondés ont continué à travailler à temps plein après leur diagnostic, tandis que 40% travaillent à temps partiel.
Seuls 18%
des malades de longue durée qui postulent à un emploi en retirent une expérience positive.
Les redémarrages réussis s’accompagnent souvent de reprises du travail à temps partiel. Dans ce cas, les allocations de maladie sont alors combinées avec ce travail à temps partiel. Ce processus, pourtant crucial pour ceux qui veulent reprendre le travail, n’est guère récompensé. Pour Maarten Gerard, responsable du service d’études de la CSC, cette méthode est contre-productive: «Les périodes de maladie ne sont pas assimilées à des périodes travaillées en cas d’éventuel chômage ultérieur. De même, elles ne sont purement et simplement pas comptabilisées pour le malus de pension. Les personnes qui font des efforts pour reprendre le travail perdent donc des droits».
La sécurité financière est le principal motif qui incite plus de la moitié des malades de longue durée à reprendre le travail. Le sentiment d’être à nouveau utile arrive en deuxième position. Ils n’y arrivent pourtant pas toujours.
En effet, les candidats à un emploi se heurtent aux préjugés qui entourent une longue période de maladie. Seuls 18% des malades de longue durée qui postulent à un emploi en retirent une expérience positive. 80% d’entre eux estiment être victimes de discrimination en raison de leur maladie (lire encadré) et 75% pensent que la maladie réduit leurs perspectives d’emploi. Les personnes qui reprennent le travail sont également confrontées à des limites. La moitié d’entre elles trouve le travail plus pénible qu’avant. Un peu plus de la moitié dit que le travail améliore son bien-être. Le travail à temps partiel, des tâches adaptées et des horaires flexibles sont souvent déterminants.
Du côté patronal, les chiffres sont inquiétants. Une étude publiée par Acerta, une société de ressources humaines, constate qu’une entreprise sur quatre ne dispose d’aucune forme de politique de réintégration. Seules 12,5% disposent d’une politique de réinsertion entièrement structurée. Une situation incompréhensible alors que 90% des entreprises déclarent avoir ou avoir déjà eu un travailleur en incapacité de longue durée. 60% des entreprises ont pu s’assurer qu’un collaborateur reprenne le travail, mais souvent sans que cette reprise s’accompagne de directives ou d’un suivi clair.
«Cette situation est problématique car la mise en place de cette politique est obligatoire pour les entreprises avec des comptes à rendre au Comité pour la prévention et la protection au travail, analyse Laurent Lorthioir, expert «bien-être» à la CSC. Cela permet d’objectiver en toute transparence les efforts de réintégration de l’employeur et d’élaborer ou de mettre à jour une politique collective de réintégration. Cela expliquerait-il en partie le peu d’enthousiasme de certains employeurs pour respecter cette obligation?». Pour l’expert, le problème est plus large: «Moins d’un travailleur sur quatre1 qui a fait l’objet d’un trajet de réintégration (TRI) est considéré par le médecin du travail comme apte à reprendre le travail, via un travail adapté, avant le terme de son incapacité. Encore faut-il donc que l’employeur leur propose un trajet! Le mécanisme ne fonctionne que pour une petite minorité des personnes concernées. Or, le gouvernement force une entrée dans le TRI pour tous les travailleurs malades depuis au moins un an. On contraint donc l’entrée dans un système qui ne fonctionne pas».
Enfin, il pointe le défaut de prévention structurelle: «Pendant qu’on met en lumière la réintégration, on oublie l’élément central de la législation bien-être au travail: la prévention. En focalisant l’attention sur la gestion de l’absentéisme, le gouvernement dégage par effet domino la responsabilité des employeurs en matière de prévention… mais aussi leur responsabilité pour toute une partie des incapacités de travail dues aux conditions de travail».
Entretemps, les pouvoirs publics continuent de miser sur les contrôles. «C’est doublement problématique, estime la présidente de la CSC, Ann Vermorgen. Ces études montrent justement que la plupart des gens ne demandent qu’une chose: retrouver leur place parmi leurs collègues. Ce dont ils ont besoin, c’est d’une aide pour retrouver leur voie, pas d’une sanction».
90%
des entreprises ont déjà employé des malades de longue durée.
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1. Chiffres 2024.