Le dossier

L'info n°0506/03/2026

Saut d’index partiel:

le gouvernement récompense

le travail en l’attaquant

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Le mécanisme d’indexation automatique des salaires est une nouvelle fois attaqué. Cette fois, c’est un double saut d’index partiel qui va mettre à mal le pouvoir d’achat des travailleurs et des allocataires sociaux.

David Morelli

En décembre dernier, le gouvernement Arizona s’est accordé sur les modalités d’un plafonnement de l’index. Par deux fois au cours de la législature, la part des salaires dépassant 4.000 euros brut (soit environ 2.600 euros net pour un isolé) par mois se verra amputée de 2% de l’indexation totale. Pour les allocations sociales, le seuil sera mis à 2.000 euros brut. En d’autres mots: le salaire et l'allocation supérieurs vont perdre 2% d’indexation pour le montant au-delà de leur montant limite, à savoir respectivement 4.000 et 2.000 euros brut (voir exemples ci-dessous). Ces sauts partiels d’index seront appliqués deux fois. La première période débutera lors de la prochaine indexation après leur entrée en vigueur, reportée au mois de juin. Selon le Bureau du Plan, le saut partiel devrait dès lors avoir lieu fin 2026, début 2027. La seconde période devrait débuter le 1er janvier 2028.

Indexation des salaires

La première indexation se fera sur base du salaire de base mensuel, sans primes ni suppléments (13e mois, pécule de vacances, etc.) et plafonné à 4.000 euros. Pour les travailleurs salariés à temps partiel, le salaire de référence est réduit proportionnellement à leur fraction de temps de travail. Pour le deuxième saut d'index, qui devrait avoir lieu à partir du 1er janvier 2028, le plafond sera indexé. «Compte tenu des différents moments d'indexation (lire article page 7) et des différents plafonds, la situation pourrait devenir très compliquée, car le saut d'index se poursuit jusqu'à ce qu'une réduction totale de 2% soit atteinte», constate Maarten Gerard, responsable du service d’études de la CSC. Olivier Malay, collaborateur au service d’études de la CSC Alimentation et Services, a quant à lui estimé les pertes qu’occasionneront ce double saut d’index sur différents niveaux de salaire, à l'échelle d'une carrière de 30 ans (voir tableau ci-dessous). «De nombreuses personnes touchées ne peuvent être considérées comme ayant des hauts salaires, commente-t-il. C'est le cas, par exemple, des enseignants, des ouvriers spécialisés ou des travailleurs de l'industrie de haute technologie. Le double saut d'index ne touchera donc pas uniquement les travailleurs à hauts revenus. Par ailleurs, c’est une porte ouverte à ce que le gouvernement choisisse un seuil encore plus bas la prochaine fois, vu que l’objectif est d’affaiblir le système d’indexation».

Par deux fois au cours de la législature, la part des salaires dépassant 4.000 euros brut par mois se verra amputée de 2% de l’indexation totale.

Saut d’index plafonné: mode d’emploi

Quelle conséquence du saut d’index plafonné pour:


• Un salaire de 5.000 euros: indexation de 3%
Les 4.000 premiers euros sont indexés à 3%. La tranche de 1.000 euros
(= le montant qui dépasse les 4.000) est indexée à 1% (3%-2%).


• Un salaire brut de 4.500 euros/une allocation de 2.500 euros 
Indexation de 2,2%

4000 euros indexés de 2,2%. 500 euros indexés de 0,2 % (2,2-2=0,2)


Indexation de 1,8%
4.000 euros indexés de 1,8%. Aucune indexation appliquée aux 500 euros.
0,2% (2-1,8%) seront enlevés au montant au-dessus de 4.000 euros lors de la prochaine indexation.

Indexation des allocations

Les allocations sociales sont également concernées par l'indexation limitée. Leur plafond est fixé à 2.000 euros. Pour François Sana, collaborateur au service d’études de la CSC, il n’existe aucune raison valable qui justifie le choix du seuil de 2.000 euros, en dehors d’une logique purement budgétaire. «Il est encore moins compréhensible que les allocations de ménage soient plus durement touchées que les allocations individuelles, ajoute Maarten Gérard. Ainsi, les montants minimums pour la pension de ménage (2.260 euros) ou l’allocation d’incapacité de travail avec person­nes à charge (2.067 euros) sont touchés, alors qu’ils sont largement inférieurs au seuil de pau­vreté (3.197 euros). À ce stade, le gouvernement semble vouloir ignorer cette situation qui découle d’ailleurs de sa décision de supprimer l’enveloppe bien-être durant la législature.»

Une remise en cause inacceptable

Cette indexation partielle pour les salariés va représenter une économie directe pour les employeurs dont les travailleurs perçoivent un salaire supérieur à 4.000 euros brut. Avec cette opération, l’intention du gouvernement est de récupérer la moitié du «gain» réalisé par les entrepri­ses grâ­ce à la «Contribution spéciale de modéra­tion salariale» qu’elles vont devoir reverser à l’État chaque mois de la première période de modération. Cette adaptation de l’index entraîne­ra des conséquences sur le pouvoir d’achat d’un important groupe de salariés et les bénéficiaires d’allocations, leurs salaires/allocations étant moins ajustés au coût de la vie. Les conséquences de ces mesures sur le pouvoir d’a­chat de certains travailleurs soulèvent, pour François Sana, des questions en matière d’équité: pourquoi un groupe, à savoir environ la moitié des salariés, aurait-il droit à une indexation complète alors qu’­un autre ne l’aurait pas? Par ailleurs, cette remise en cause de l’index porte aussi atteinte aux accords collectifs de travail et au dialogue salarial entre employeurs et travailleurs et remet finalement en cause la norme salariale: «En affirmant que la norme salariale dépend de l’indexation, le gouvernement se contredit lui-même, puis­qu’elles sont tou­tes deux utilisées au détriment des travailleurs. De nombreuses injustices risquent de faire leur apparition, minant la solidarité entre travailleurs. En réalité, cette soi-disant "correction sociale" n’est en réalité qu’une redistribution des salaires vers le capital, même si une partie est prélevée par l’État.» (Lire encadré ci-dessus)

Exemples concrets 

Quelle perte dans le cadre d’une indexation de 2% pour:

• Un travailleur avec un salaire de 5.000 euros brut par mois indexé une fois par an en janvier
Ce travailleur touchera 5.080 euros brut en janvier 2027 au lieu de 5.100 euros. Il perdra donc 20 euros brut par mois. En 2028, ce travailleur sera soumis à un deuxième saut partiel d’index. Il aurait dû toucher (ancien système) 5.202 euros brut par mois dès janvier 2028. Il ne touchera que 5.181,6 euros, soit une perte de 20,4 euros brut supplémentaires par mois par rapport à l’ancien système.

• Un pensionné avec une pension qui s’élève à 2.500 euros brut par mois
Lors du premier dépassement de l’indice-pivot après le 1er juin 2026, ce pensionné touchera 2.540 euros brut au lieu de 2.550. Il perdra donc 10 euros par mois.

Voir d’autres exemples dans le tableau ci-dessous.

Une attaque contre les travailleurs

Économiquement, la mesure s’avère également problématique. En effet, il apparaît que les salaires les plus élevés se trouvent justement dans les secteurs les plus productifs, où le coût salarial pèse moins. Or, c’est précisément là que les salaires seront limités, ce qui encouragera encore davantage les formes alternatives de rémunération. Pour François Sana, le gouvernement a choisi, de manière idéologi­que, d’offrir des cadeaux aux entreprises et d’attaquer le monde du travail alors que de nombreuses pistes alternatives existent pour faire mieux contribuer les ménages les plus riches et les grosses entreprises. «Le mécanisme d’indexation, conquête syndicale majeure, est très efficace pour protéger les travailleurs face à la hausse du coût de la vie. Il n’est donc absolument pas légitime, pour un gouvernement qui prétend "récompenser le travail" de l’attaquer», conclut-il.


Les photos de ce dossier ont été prises à l’occasion de diverses manifestations qui se sont déroulées ces 5 dernières années sur le pouvoir d’achat.


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