L'essentiel icon

L'essentiel

L'info n°0703/04/2026

Vers une crise énergétique bis, avec moins de protection?

Alors que les coûts énergétiques flambent, le gouvernement De Wever réduit le filet de sécurité automatique censé protéger les salaires et les allocations.

Nils De Neubourg (adapt. D.Mo)

Le Bureau fédéral du Plan prévoit un nouveau dépassement de l’indice pivot en juillet, plusieurs mois plus tôt que prévu. En effet, la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a fait exploser les prix de l’énergie, entraînant une hausse de l’indice.

C’est précisément au moment où nos salaires devraient compenser la hausse du coût de la vie que le gouvernement s’attaque à l’indexation automatique des salaires. Les salaires supérieurs à 4.000 euros brut ne seront plus que partiellement indexés en 2026 et 2028. Les travailleurs à temps partiel dont le salaire brut est inférieur à 4.000 euros risquent de se heurter aussi à ce plafond, car moins on travaille d’heures, plus ce seuil d’indexation est abaissé. Pour les allocations sociales supérieures à 2.000 euros brut par mois, l’indexation est plafonnée à 40 euros par mois. Le gouvernement entend mettre ce système en œuvre dès le mois de juin, soit un mois avant le dépassement attendu de l’indice pivot. Dans le même temps, il augmente progressivement les accises sur le gaz naturel. Pour de nombreux ménages, ces mesures s’ajoutent à une politique qui promet également moins de protection dans d’autres domaines, comme les allocations et les pensions.

Vague inflationniste

Selon une étude de la Banque nationale, la vague d’inflation qui a frappé la Belgique entre 2021 et 2024 était principalement due aux prix de l’énergie. Le gaz et l’électricité représentent une part importante dans le budget des ménages. Cela explique pourquoi les salaires et les allocations suivent relative­ment vite les chocs des prix, et souligne donc l’importance de l’indexation auto­ma­tique pour les ménages. Lors du précédent choc énergétique, elle a joué un rôle crucial dans la protection du pouvoir d’achat, particulièrement pour les bas et moyens salaires. On peut dès lors se demander si limiter l’indexation automatique est vraiment une bonne idée, surtout en cette période d’incertitude internationale.

Lors de précédentes crises, l’indexation a permis de protéger les ménages contre l’inflation.

Protections mises à l’index

Lors de la crise énergétique de 2022, des mesures de crise supplémentaires avaient dû être prises en plus de l’indexation intégrale. Un «forfait de base énergie» offrait une réduction de 122 euros sur la facture d’électricité et de 270 euros sur celle du gaz. Le tarif social avait été temporairement élargi et la TVA sur l’énergie avait été ramenée à 6%. Aujourd’hui, la réaction semble bien différente.

Alors que les prix de l’énergie repartent à la hausse et que le dépassement de l’indice pivot se rapproche plus vite que prévu, l’un des principaux mécanismes de protection est affaibli. À l’été 2025, le gouvernement a même décidé de retarder l’indexation des allocations et des salaires du secteur public. Sur le plan juridique, des questions subsistent: lors de l’examen de la loi-programme, le Conseil d’État a en effet souligné que des éléments essentiels manquaient pour l’instant de clarté.


© Shutterstock