Depuis plusieurs mois, le gouvernement wallon revendique une série de réformes «structurelles» en matière d’emploi. Mais quel sera leur impact réel pour les travailleurs et les demandeurs d’emploi?
Nous observons que ces changements touchent avant tout les structures – le Forem, les CISP, les ALE, les cellules de reconversion – sans répondre aux besoins concrets des personnes qui devraient en bénéficier. Autrement dit, ces réformes ne réparent en rien les dégâts causés par la politique de l’Arizona, qui a fragilisé durablement des milliers de travailleurs. Pire, bien souvent, elles organisent leur sous-financement.
Le taux d’emploi progresse légèrement, mais cette progression ne se traduit pas en volume d’heures travaillées. La multiplication des temps partiels y est pour beaucoup. Le taux de formations occupées par des travailleurs, quant à lui, plafonne à 8%.
Quant aux «80.000 promesses d’emploi» annoncées en grande pompe, nous attendons toujours d’en voir la concrétisation. Aujourd’hui, nous constatons une offre pour sept demandeurs d’emploi, dont 40% en intérim ou contrats précaires, et un tiers situé en Flandre. Au cours de l’année 2025, l’Onem a comptabilisé dans le même temps une perte de 35.000 emplois liés à des faillites en Belgique.
Face aux mesures fédérales d’exclusion, le gouvernement wallon n’a montré que peu d’anticipation. Notre sondage interne, réalisé auprès de 300 membres concernés par la première vague d’exclusions, est sans appel: quatre d’entre eux ont décroché un CDI, quatre un CDD. Pour les autres, cela reste des démarches de recherche d’emploi qui restent bien souvent sans réponse.
Une autre caractéristique de ces réformes est évidente: transférer progressivement vers le privé des missions financées par l’argent public.
L’exemple des incitants à l’embauche est révélateur: une enveloppe de 320 millions, désormais accessible au secteur de l’intérim, sans aucune condition pour garantir des emplois durables. Même logique avec la suppression annoncée des cellules de reconversion, pourtant essentielles lors de licenciements collectifs. Leur mission serait confiée, là aussi, en grosse partie au privé.
Aujourd’hui, ce dont la Wallonie a besoin, ce n’est pas d’annonces ambitieuses sans lendemain, mais d’investissements durables dans les compétences, les parcours, les protections et l’accompagnement de toutes celles et ceux qui veulent construire leur avenir professionnel.
Daniel Cornesse, secrétaire national en charge des affaires wallonnes
L’exemple des incitants à l’embauche est révélateur: une enveloppe de 320 millions, désormais accessible au secteur de l’intérim, sans aucune condition pour garantir des emplois durables.