L’économie belge se porte mieux qu’on ne le dit souvent. Il n’y a en effet jamais eu autant de personnes au travail. Mais cette augmentation du taux d’emploi masque une autre évolution: la stagnation du volume total de travail presté et sa redistribution entre les travailleurs. La création d’emploi ces dernières années repose de plus en plus sur des temps partiels involontaires, des emplois étudiants et des flexi-jobs, plutôt que sur des contrats de travail classiques.
Les bénéfices des entreprises? Ils restent élevés, grâce notamment aux larges subsides qu’elles reçoivent – en matière de recherche et développement par exemple – dont l’efficacité n’est jamais évaluée. Elles déploient par ailleurs une ingéniosité croissante pour limiter leur charge fiscale. Résultat: moins de charges fiscales et donc moins de recettes pour l’État et la sécurité sociale. Enfin, avec les restrictions imposées par la Loi sur la norme salariale de 1996, l’évolution des salaires ne suit plus celle de la productivité. On assiste donc à une baisse constante de la part des salaires dans l’économie. Or, le débat sur le handicap salarial est truqué. L’écart réel entre les salaires belges et ceux des pays voisins avoisine les 5% (à lire dans L’Info n°5). Les travailleurs ne voient donc pas leur productivité se traduire par une hausse des salaires ni par une amélioration de la protection sociale.
Pour la CSC, le problème budgétaire peut être résolu si l’on ose revoir l'ensemble des recettes et des dépenses et que l’on réenvisage la résolution du problème budgétaire dans un cadre de consolidation budgétaire plus approprié. Le cadre budgétaire européen impose en effet à tous les États membres de l’Union européenne des règles strictes en matière de finances publiques, pour empêcher que certains pays n’accumulent des dettes ou des déficits excessifs, susceptibles de fragiliser l’ensemble de l’Union. Dans ce «cadre», la Belgique doit réduire son déficit structurel de -4,3% du produit intérieur brut (PIB) en 2024 à -2,1% en 2029. Grâce à cela, le déficit global (déficit structurel plus conjoncturel) devrait être autour de 3% en 2029.
Pour y parvenir, un obstacle se dresse devant la Belgique: les dépenses consacrées aux pensions et aux soins de santé, qui vont connaître une hausse significative dans les années à venir en raison du vieillissement de la population. Un obstacle qui sera d’autant plus difficile à surmonter que des efforts supplémentaires en matière de défense sont imposées du fait des tensions internationales. La décision de réduire encore les recettes dans un contexte de baisse des recettes depuis plusieurs années déjà est donc, pour la CSC, une très mauvaise idée…
Les bénéfices des entreprises? Ils restent élevés, grâce notamment aux larges subsides qu’elles reçoivent – en matière de recherche et développement par exemple – dont l’efficacité n’est jamais évaluée.
Les chiffres de la Banque nationale montrent que, par rapport à ses voisins (Pays-Bas, France, Allemagne), les dépenses publiques ne sont pas excessives en Belgique: en 2024, elles représentaient 54,1% du PIB, dans la moyenne de celle des pays: 52,5% (2024). La Belgique a par contre beaucoup plus de dépenses fiscales, à travers divers avantages fiscaux: épargne-pension, titres-services, absence de cotisation majorée pour les flexi-jobs, intérêts notionnels, etc.). Et nombre de ces dépenses fiscales et subventions sont inefficaces. A contrario, les dépenses sociales sont inférieures de 0,3 points de pourcentage du PIB à la moyenne des pays voisins. Les dépenses plus élevées de la Belgique concernent principalement d’autres domaines, tels que les services publics généraux et, à cause des dépenses fiscales mentionnées ci-avant, les affaires économiques. Par ailleurs, focaliser le débat sur les dépenses sociales occulte les dépenses publiques pour soutenir les entreprises, alors que la Belgique détient le record européen en la matière. Ces chiffres montrent que le profil des dépenses belges ne se distingue pas tant par les dépenses sociales que par des choix structurels dans d’autres domaines politiques et par l’ampleur des dépenses fiscales.
Avec les réductions d’impôts programmées, les réductions de cotisations sociales ou l’érosion croissante de la base d’imposition et des cotisations sociales diminuées qu’entraînent, par exemple, les flexi-jobs et l’extension du travail étudiant, les mesures adoptées par le gouvernement De Wever entraîneront une baisse des recettes de 11,1 milliards. En d’autres termes, au lieu d'ajuster le tir, le gouvernement entend mener une politique encore plus antisociale avec des mesures amenant plus de flexibilité dans la durée du travail et dans les statuts, moins de protection sociale et plus de cadeaux aux entreprises.
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