L'essentiel icon

L'essentiel

L'info n°0620/03/2026

Une offensive de printemps réussie

Plus de 100.000 de personnes sont, une nouvelle fois, descendues dans les rues de Bruxelles pour dire non aux mesures antisociales de l’Arizona.

David Morelli

Saut d’index, flexibilités imposées, statuts précaires, suppression des primes… Les raisons d’être là ne manquaient pas lors de la manifestation nationale du 12 mars. Une date qui ne doit rien au hasard, le Parlement fédéral devant se prononcer ce jour-là en séance plénière sur le projet de Loi sur les pensions du ministre Jan Jambon (N-VA). Ces mesures liées aux pensions et aux fins de carrière attisent grandement les craintes et la colère de manifestantes comme Muriel, ouvrière dans les cuisines d’un hôpital du Brabant Wallon: «Mon travail est très physique. Je vais prendre une pension anticipée, mais je vais avoir un malus d’au moins 2%. C’est inadmissible, parce que je suis une femme seule avec des enfants, comme énormément d’autres femmes, et je ne me vois pas arriver en forme au bout de ma carrière. J'ai déjà réduit mon temps de travail en 4/5e et je perds de l'argent. À 57 ans, je ne suis pas vieille: je suis usée».

«Il faut respecter les aînés, affirme Arnaud (30 ans), travailleur dans une industrie à Battice. On ne peut pas pousser la pension de plus en plus loin. Il faut un peu d'humanité. Il y a une limite physique. Il faut de l’équité. Il faut aborder la pension plus au cas par cas, plutôt que de généraliser une pension à 67 ans. La vie n’est pas aussi simple que ça.»

Le caractère discriminatoire de certaines mesures de l’Arizona envers les femmes faisait également écho parmi les travailleurs. Mélanie, 33 ans, travailleuse dans le gardiennage, témoigne: «Avec la redéfinition des années de carrière à 156 jours de travail, beaucoup de travailleurs à temps partiel – un groupe surdominé par les femmes – ne vont plus avoir assez d'années. Elles vont de­voir travailler trois, quatre, cinq ans de plus…»

«J'espère que le gouvernement va faire marche arrière sur certains points, déclare Rudy, délégué syndical chez Touring. Il ne se rend peut-être pas compte qu’aujourd’hui, toute la population est là. Et ne pas être présent aujourd’hui ne signifie pas que de nombreux travailleurs ne pensent pas comme nous.»

De nombreuses manifestantes protestaient contre l'impact des mesures Arizona sur les femmes.

Alternatives

Face à ces mesures injustes prises par le gouvernement pour lui permettre de réaliser des économies budgétaires – quasi exclusivement sur le dos des travailleurs – des alternatives existent pourtant: une fiscalité sérieuse et équitable sur le patrimoine, une taxe sur les activités numériques des géants de la tech, ou encore un audit rigoureux et transparent sur les milliards de subsides aux entreprises.

Les syndicats présenteront prochainement leurs propositions alternatives au budget fédéral.

À ce sujet, voir l'article «Une autre politique est possible» dans le dossier de ce numéro.


© Bart Dewaele, Donatienne Coppieters