La Région bruxelloise a enfin un gouvernement! Benoît Dassy, secrétaire régional de la CSC bruxelloise, fait le point sur les défis à relever pour la capitale.
Propos recueillis par Donatienne Coppieters
Les conséquences ont été concrètes, surtout pour les services publics et le non-marchand. Pour les citoyens, cela s’est traduit par la fermeture de services de certaines associations, et la suspension – puis l'annulation – des primes Rénolution pour ceux qui voulaient rénover.
Pour la fonction publique, le moratoire sur les engagements est maintenu et même renforcé jusque fin 2026, touchant même les services opérationnels comme la STIB ou le ramassage des poubelles. On risque d'avoir des modifications dans la qualité des services rendus aux Bruxellois.
C’était souvent un dialogue de sourds, car les politiques se cachaient derrière les affaires courantes pour ne rien décider. Mais quand les centrales professionnelles ont mis assez de pression, comme pour l'augmentation des titres-services, on est arrivé à passer par des votes au Parlement qui, lui, était de plein exercice.
Un autre exemple est la réforme liée aux mesures Arizona sur le chômage. Nous avons forcé une concertation entre interlocuteurs sociaux et administrations pour discuter de l'accompagnement des demandeurs d'emploi exclus, ce qui ne pouvait pas attendre.
C’était souvent un dialogue de sourds, car les politiques se cachaient derrière les affaires courantes pour ne rien décider.
Environ 800.000 personnes travaillent à
Bruxelles dont:
Ce n'est pas un duplicata pur et dur de l'Arizona, c'est toujours ça. Il y a des éléments porteurs d'espoir dans la déclaration de politique générale, mais l'enjeu budgétaire risque de contraindre les bonnes intentions.
Sûrement pas au degré de catastrophisme que nous avons vu, comme le «shutdown» fictif brandi par le ministre du Budget. Mais la réalité est que la dette bruxelloise augmente ainsi que les charges d'intérêt qui sont versés à des capitalistes plutôt que d'investir dans les services publics. Il faut se demander comment réduire le déficit, mais cela ne doit pas forcément passer par des coupes. Cela peut passer par des rentrées supplémentaires. Les collègues de la CSC sont en train d’examiner ces différentes pistes.
L'enjeu budgétaire risque de contraindre les bonnes intentions de la déclaration de politique régionale.
Le gouvernement compte beaucoup sur la réforme des institutions publiques pour générer 500 millions d'économies, ce qui me semble très optimiste s'il veut le faire sans licenciement. Il y a aussi des économies prévues dans les partenariats avec le non-marchand, mais le ministre de l'Emploi lui-même semble encore dans le flou sur la répartition précise des efforts à fournir.
Pour la CSC bruxelloise, la première priorité est de faire face aux exclusions du chômage, que ce soit via l'organisation des services sociaux, la formation professionnelle ou les politiques d’emploi. La deuxième concerne le secteur social-santé, notamment la santé mentale et l'accès aux soins de première ligne, sans définancer ce qui existe. La troisième priorité est l'énorme chantier de la réforme de la fonction publique, en ce qui concerne notamment la mobilité interne, l’évolution de carrière, le respect des acquis en cas de fusion.
Concernant la formation et les stages en entreprise, les délégués syndicaux peuvent jouer un rôle pour favoriser l'accueil des stagiaires, tout en veillant aux bonnes conditions de rémunération et de sécurité. Mais le frein principal reste la réticence des entreprises à investir du temps dans la formation. Elles veulent du personnel déjà formé sans faire l'effort d'accompagnement. Je trouve inacceptable que le gouvernement plaide pour un allègement fiscal pour les entreprises qui engagent des personnes formées avec de l'argent public. C'est vouloir le beurre et l'argent du beurre. Il faut aussi relancer la dynamique industrielle. La priorité est de ne pas laisser le site d'Audi en friche et d’y trouver un avenir industriel.
La méthode traditionnelle consiste à donner des avis via Brupartners (voir encadré ci-dessous) sur les initiatives législatives ayant un impact socio-économique. Si l'avis est commun avec les représentants patronaux, il est souvent écouté. Nous avons réussi à faire bouger les choses durant la période sans gouvernement en rendant des avis communs que l'on retrouve dans la déclaration de politique régionale. La deuxième méthode est celle des «priorités partagées»: échanger avec le ministre avant même qu'il n'ait un projet de texte définitif. Enfin, il y a le pouvoir de lobby et les manifestations pour influencer les cabinets ministériels.
Le thème est «Bruxelles bouge pour l'emploi». Le fil rouge est d'identifier ce qui permet aux travailleurs de trouver et de se maintenir dans un emploi. Concrètement, nous allons aborder quatre thématiques: les services collectifs qui forment le socle à partir duquel on peut se diriger vers l’emploi, la formation professionnelle et le développement d’emploi de qualité, la lutte contre les discriminations (le frein numéro un selon nos militants) et les conditions de travail pour éviter l'épuisement professionnel.
Il faut aussi relancer la dynamique industrielle. La priorité est de ne pas laisser le site d'Audi en friche.
Parce que Bruxelles est le lieu de travail de bon nombre de travailleurs qui n’y habitent pas. Ils ont intérêt à ce que la ville et ses habitants soient épanouis. Les questions de conditions de travail les concernent directement. Même si certaines compétences sont régionales, la mobilité ou le développement économique concernent tout le monde. Par exemple, Audi engageait majoritairement des travailleurs venant de Wallonie et de Flandre. L’avenir du site devrait donc intéresser aussi les non-Bruxellois (sur ce dernier point, lire l'article dans l'app de L'Info).
Brupartners est le Conseil économique et social de la Région de Bruxelles-Capitale. Il a notamment pour missions d'assurer la concertation sociale entre les interlocuteurs sociaux et le gouvernement bruxellois et de formuler, à son initiative ou en réponse à une demande du gouvernement, des avis ou contributions sur les matières relevant des compétences régionales: économie, emploi, environnement, logement, diversité, mobilité, etc. et ayant une incidence sur sa vie économique et sociale.
Écoutez Benoît Dassy dans le podcast Opinions CSC
615 jours en roue libre, record battu! La Région de Bruxelles-capitale s'est à nouveau distinguée au mondial du «sans gouvernement». Une véritable catastrophe pour pas mal d’entreprises bruxelloises, singulièrement dans le secteur non-marchand. Benoît Dassy, secrétaire régional de la CSC bruxelloise, nous propose en 5 minutes quelques considérations sur ce qui attend les Bruxellois dans un futur immédiat. Et ça ne va pas être facile…