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L'info n°1429/08/2025

«La concertation, c'est être écouté, pas seulement être entendu!»

À la veille d’une rentrée sociale qui s’annonce délicate, L’Info a rencontré Daniel Cornesse, le nouveau secrétaire national de la CSC wallonne et francophone.

Propos recueillis par David Morelli

Comment appréhendez-vous ce passage à témoin?

Je l’aborde sereinement, tout en étant conscient en même temps des défis colossaux qui sont devant nous, sur le plan social notamment. Les restructurations et faillites se succèdent et le gouvernement wallon est occupé à saboter ses propres outils. Aujourd’hui, les opérateurs d’insertion socioprofessionnelle voient leur budget diminuer et les cellules de reconversion, malgré d’excellents résultats, sont sous la menace d’une privatisation. Lorsque l’on interpelle les élus, la musique est toujours la même: nous devons faire des économies! Mais en même temps, la réforme du droit d’enregistrement, par exemple, provoque un manque à gagner énorme pour la Région, en plus d’être injuste socialement sur la durée d’un prêt. Ajoutons à cela un gouvernement fédéral qui va impacter l’ensemble des Wallons et des francophones en termes de pouvoir d'achat, d'accès à une pension digne ou de constitution de droits sociaux. Dans ce contexte, il devient difficile pour la population de se projeter dans des perspectives positives. Et ça se comprend parfaitement!

Le «bien-vivre en Wallonie» défini lors du congrès wallon de 2022 est-il encore atteignable dans ce contexte politique?

La question du bien-vivre reste plus essentielle que jamais! À l’heure où le politique construit des oppositions entre les citoyens (les travailleurs contre les chômeurs, contre les malades…), nous portons nous, comme CSC, une vision du bien-vivre pour toutes et tous et surtout du bien-vivre ensemble. Les discours actuels tronquent nos représentations sociales et n’apportent aucun élément sur notre manière de faire société ensemble. Comme organisation syndicale, nous continuerons à proposer un projet de société qui puisse aller dans le sens d'un bien-vivre commun, collectif et solidaire.

À l’heure où le politique construit des oppositions entre les citoyens, nous portons nous, comme CSC, une vision du bien-vivre pour toutes et tous…

Comment envisagez-vous la concertation avec le gouvernement wallon?

Nous avons pour mission de porter les préoccupations que nous expriment quotidiennement nos membres: c'est aussi cela, vivre dans un système démocratique. Mais force est de constater que le gouvernement wallon nous considère davantage comme un caillou dans sa chaussure que comme un partenaire susceptible de proposer des positions solides. Pour nous, la concertation, c'est pouvoir échanger, construire et surtout être écouté, pas seulement entendu! Appréhender la démocratie sur son seul plan politique est une caractéristique forte de la droite. Or, il y a bien d'autres facettes à la question de la participation démocratique, notamment via la concertation et les corps intermédiaires. Aujourd’hui, ce gouvernement nous sort d'une série de mandats et de lieux, comme l’Awex, Wallonie Entreprendre, ou détruit complétement d’autres, comme les instances Enseignement-Emploi-Formation. Pourquoi? Je pense que c’est parce que ça les embête d’avoir un avis critique qui les empêche d'avancer comme ils le voudraient.
Avec les organisations patronales, la concertation n’est pas plus simple. À part sur quelques dossiers, nous n’arrivons plus à engranger des accords importants qui permettraient aux gens de trouver du souffle dans leur carrière ou dans leur pouvoir d’achat. Le contexte politique, entre autres les restrictions sur liberté de négociation, leur est trop favorable. Au niveau de la concertation wallonne, le constat n’est pas très différent. On devrait pourtant pouvoir se retrouver sur certains dossiers. La prochaine présidence de la CSC au sein du Conseil économique, social et environnemental de Wallonie pourrait nous permettre cela, pour autant que le politique nous fasse confiance sur les sujets.

Dès lors, comment faire entendre vos (contre-) propositions?

Nous sommes aussi un syndicat de propositions et nous devons les faire entendre dans l’intérêts de nos membres et des travailleurs que nous représentons. Nos services d’études regorgent de qualités. Au quotidien, nous forçons une multitude de rencontres, auprès des partis de l’opposition comme de la majorité, pour tenter d’influencer sur les réformes. C’est une dimension de notre travail parfois méconnue. Mais quand les décisions se prennent plus sur des principes qu’avec des faits objectivés, quand elles pénalisent les travailleurs avec ou sans emploi que nous représentons, alors oui, la mobilisation peut s’imposer, comme ce sera le cas à Namur le 24 septembre et à Bruxelles le 14 octobre.

Avec les organisations patronales, la concertation n’est pas plus simple. À part sur quelques dossiers, nous n’arrivons plus à engranger des accords importants…

Quelles sont les dossiers importants de cette année sociale pour la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB)?

L’exclusion programmée en 2026 de 125.000 wallons et bruxellois va amener une question sociale fondamentale qui va forcément occuper toute notre attention. Par exemple, 41% de ces personnes sont des cohabitants, des femmes dans la plupart des cas. Il y aura un impact direct de quelques centaines d’euros sur le revenu de leur ménage. C’est énorme. Et ce n’est qu’une dimension des conséquences de cette mesure qui coûtera au final très cher aux Wallons et Wallonnes. Je ne suis pas certain que le politique ait pris la mesure de l'enjeu social auquel nous allons être confronté. J’ai par ailleurs envie d’adresser personnellement un message aux employeurs qui ont applaudi cette mesure. Allez-vous maintenant «jouer le jeu» et engager ces personnes? Êtes-vous capable de conclure des accords avec nous pour leur apporter des réponses et de l’espoir?
Sur les compétences de la FWB, il y a forcément les réformes de l'enseignement que nous suivons de très près et qui nous préoccupent particulièrement. La remise en question du tronc commun est problématique, la réforme du qualifiant et de l’enseignement pour adulte pose la question du caractère émancipatoire de l’enseignement. La question de l’accueil de la petite enfance sera aussi au cœur des débats. Nous avons aussi la volonté de réformer le dispositif APE, qui structure des secteurs entiers, notamment dans le non-marchand. Nous serons présents pour défendre ces secteurs qui font sens contre toute tentative de détricotage ou de marchandisation.

Quelles attentes les lecteurs de L’Info peuvent-ils avoir de la part de la CSC wallonne et francophone?

Notre organisation a la capacité de construire, au départ de ce que les travailleurs vivent dans leur entreprise et dans leur milieu de vie, des revendications et une vision politique porteuses d'un avenir où il fait mieux vivre pour tout un chacun. Qu’ils ne se privent pas de l'opportunité de participer à la construction d’un société plus prospère et désirable. C’est un enjeu fondamental pour nous que les questions sociales et économiques intéressent le plus grand nombre.

Sur les compétences de la FWB, il y a forcément les réformes de l'enseignement que nous suivons de très près et qui nous préoccupent particulièrement.


© Aurélien Goubeau

Daniel Cornesse:

bio express

Âgé de 45 ans et papa de deux enfants, Daniel Cornesse a un parcours scolaire et professionnel indubitablement orienté sur la question du travail. Gradué en psychologie du travail, le Liégeois a débuté sa carrière en 2003 comme formateur dans un centre d’insertion professionnel du Moc et, parallèlement, chez SOS dépannage (aujourd’hui l’asbl Réso). Il rentre cinq ans plus tard à la Fédération liégeoise de la CSC comme permanent interprofessionnel, puis comme coordinateur syndical, fonction qu’il occupera pendant dix ans. Durant ces années, il siègera dans de nombreux organismes liés à l’emploi et à l’insertion, dont la présidence de la Mission locale pour l’emploi de Liège. En 2023, il rejoint la CSC Alimentation & services pour s’occuper des secteurs des titres-services et de l’Horeca. Le 1er juillet dernier, il a succédé à Marc Becker à la tête de la CSC wallonne.

Secrétaire national,

mode d’emploi


“Le bureau national de la CSC m'a désigné en mars 2025 comme secrétaire national et m'a confié le suivi des affaires wallonnes et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette fonction intègre différentes missions au service du développement d’une CSC wallonne et francophone forte et ambitieuse en lien avec les responsables francophones de l’organisation. Pour moi, il est fondamental de continuer à concerter les fédérations et les centrales professionnelles au départ de leurs préoccupations pour parler d’une même voix sur les enjeux interprofessionnels. Concrètement, ça veut dire construire avec, nos organisations, les positions que nous souhaitons défendre dans les lieux où la CSC occupe des mandats, comme le Forem ou le conseil économique, social et environnemental de Wallonie par exemple. Il me parait aussi tout aussi important de proposer un cadre de discussion sur l’évolution de nos services en tenant compte de l’évolution du monde du travail. En ce sens, je tenterai de m’inscrire pleinement dans l’excellent travail proposé par Marc Becker durant l’occupation de cette fonction.”
 - Daniel Cornesse