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L'info n°0306/02/2026

Union européenneDu nickel à la batterie de voiture

En Indonésie, on extrait et on fond du nickel, nécessaire pour les batteries des voitures électriques, comme chez Volvo Car à Gand. Deux mondes éloignés mais reliés par une même chaîne de production et par l’engagement syndical. Deux syndicalistes racontent leur histoire.

Bruno Deceukelier et Jaklien Broekx


«Celle ou celui qui roule électrique en Belgique le fait peut-être avec du nickel de nos mines,
explique Nikasi Ginting (55 ans), qui suit le secteur minier et énergétique au sein du syndicat indonésien KSBSI. Je suis fière que l’Indonésie joue un rôle aussi important dans la transition verte, mais nos travailleurs et travailleuses en paient un lourd tribut.»

Travailler dans des conditions extrêmes

À Morowali, sur l’île de Sulawesi, des dizaines de milliers de personnes travaillent dans des conditions extrê­mes. «Les fours atteignent des températures allant jusqu’à 1.800 degrés Celsius. Les travailleurs reçoivent cinq masques bon marché par mois, qui ne protègent pas des étincelles. La sécurité laisse à désirer. La veille de Noël 2023, 22 travailleurs ont perdu la vie dans une explosion. Les problèmes de santé s’accumulent: maux de tête, infections, tuberculose. Et les salaires sont bas. Beaucoup doivent faire des doubles shifts pour s’en sortir. L’environnement paie aussi un prix élevé. Les pêcheurs ne pêchent plus rien, les agriculteurs perdent leurs ter­res et leurs revenus.»
«Pourtant, je reste combative, poursuit Nikasi. Nous avons pu conclure pour la première fois une convention collective à Morowali. Mais nous avons besoin d’alliés, aussi en Belgique. Mon appel aux consommateurs belges: ne regardez pas seulement les performances de votre voiture électrique, mais pensez aussi aux personnes qui travaillent derrière votre batterie.»

Ne regardez pas seulement les performances de votre voiture électrique, mais pensez aussi aux personnes qui travaillent derrière votre batterie.

Sensibiliser, une nécessité

Sophie Peirsman (37 ans) travaille depuis 14 ans chez Volvo Car Gand, d’abord comme opératrice de ligne et de machine. «L’usine s’est préparée à gran­­de vitesse ces dernières années pour produire le SUV électrique populaire, ce qui est une bonne nouvelle pour les 6.500 personnes qui y travaillent. Depuis deux ans, je suis entièrement libérée pour le travail syndical. Les récits des mines de nickel indonésiennes ne me quittent pas. Ce qui est pour nous une évidence – sécurité, pauses, temps pour aller aux toilettes – ne l’est pas pour ces travailleurs et travailleuses. Chez Volvo, une politique stricte s’applique concernant les fournisseurs éthiques et durables, avec des contrôles sur les conditions de travail. L’entreprise dispose d’un code de conduite, publie des rap­ports de durabilité et bénéficie du soutien d’experts du groupe suédois. Pourtant, je veux travailler sur les réalités qui se cachent derrière les batteries de voiture. La sensibilisation des travailleurs et du public au contexte global reste cruciale.»
À ses collègues asiatiques, elle adresse un message: «J’admire votre courage et votre détermination. Continuez à croire en votre lutte. N’abandonnez pas le combat, continuez à lutter!»

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