La mise en place de systèmes de congés accessibles pour permettre un équilibre entre le travail, les soins et la vie privée fait partie des revendications qui seront portées par les Femmes CSC le 8 mars prochain. Mais quid du «crédit familial»?
Le «crédit familial» permettrait de combiner les différents types de congés destinés à s’occuper de son enfant en un seul «paquet» rattaché à l’enfant.
En 2026, en Belgique et dans le monde, les femmes continuent à porter un double fardeau: elles assument majoritairement les tâches relatives à la famille et au foyer en plus de leur travail salarié. Pour combiner ces différentes responsabilités, de nombreuses femmes n’ont pas d’autre choix que d’opter pour un travail à temps partiel, se tourner vers des secteurs plus flexibles (dont les salaires sont souvent plus bas), prendre des congés ou interrompre leur carrière.
En 2024, 55% des répondants (ou leur partenaire) à une étude de la CSC (1) ont déclaré avoir eu recours au crédit-temps pour motif de soins, au congé parental, mais aussi à la réduction des heures de travail ou aux congés sans solde pour pouvoir fournir des soins. Mais ce choix de «travailler moins» est rarement sans conséquences financières à court, moyen et long termes. Au-delà de l’aspect financier, la combinaison des responsabilités de soins et du travail entraîne également une pression sur la santé des femmes. Près de trois répondants sur quatre à l’étude de la CSC ont déclaré présenter régulièrement des problèmes physiques, du stress mental, des difficultés à concilier les tâches de soins avec les activités quotidiennes et l’isolement social.
55%
des répondants à une étude ont déclaré avoir eu recours au crédit-temps, au congé parental, à la réduction des heures de travail ou aux congés sans solde pour pouvoir fournir des soins.
Pour les Femmes CSC, le fait que cette pression repose majoritairement sur les femmes constitue, une injustice. Pour elles, des pistes de solutions sont à trouver dans des services publics plus adaptés aux besoins de la population, une augmentation du nombre de jours de congé payé et des systèmes de crédit-temps mieux rémunéré et plus accessibles. Les congés de maternité et de naissance ainsi que les crédits-temps et congés thématiques doivent permettre aux parents – hommes inclus – de mieux concilier leur vie professionnelle et leur parentalité. Mais force est de constater que la seule initiative de l’Arizona sur ce plan se limite à créer un «crédit familial» dans lequel seraient intégrés les congés existants.
L’idée du «crédit familial» est de combiner les différents types de congés destinés à s’occuper de son enfant (comme le congé de maternité, le congé de naissance, le congé parental et le crédit de temps) en un seul «paquet» (ou «sac à dos»), rattaché à l’enfant lui-même, sans distinction entre le père et la mère afin d’encourager un partage équitable (voir encadré ci-dessous). Ce «sac à dos» contient 24 mois de congé à la naissance ou à l’adoption. Les parents décident eux-mêmes comment utiliser ce temps: à temps plein, à temps partiel ou en plusieurs parties distinctes. Le système est le même pour tout le monde, quel que soit le statut. Les parents, familles d’accueil et grands-parents peuvent aussi l’utiliser.
Pour les Femmes CSC, cette proposition de «sac à dos» de congés contient des éléments positifs, mais également plusieurs motifs de préoccupation. La transmissibilité des droits au congé constitue un premier problème. «Ces droits doivent rester personnels afin d’assurer une prise en charge égale, liée au parent, sans condition obligatoire d’ancienneté.» Les Femmes CSC constatent que dans les systèmes où la transmission est possible, comme en Suède, les femmes prennent toujours la majeure partie des soins. «Ce qui fonctionne vraiment, c’est un congé non transférable suffisant, combiné à une rémunération élevée et un retrait flexible.»
Le maintien du congé de maternité comme un droit individuel et non transférable est également crucial. «Le congé de maternité est essentiel pour la récupération physique après l’accouchement et doit rester protégé. Manipuler cela ouvre une boîte de Pandore, surtout dans un contexte politique où des tentatives ont déjà été faites pour affaiblir ce droit. La Belgique obtient déjà de mauvais résultats en Europe en termes de durée et de remboursement du congé de maternité. Nous ne devons pas aggraver la situation.»
Pour les Femmes CSC, le congé de naissance doit lui aussi rester un droit individuel et non transférable du père ou du co-parent, obligatoire et d’au moins une durée égale au congé maternité. Et concernant le congé parental, la position est identique: il doit également rester un droit individuel, sans condition obligatoire d’ancienneté, avec des congés supplémentaires (crédit de temps avec le motif de s’occuper d’un jeune enfant). «Un cinquième mois supplémentaire de congé parental pour les parents d’un enfant handicapé est une étape positive et l’extension aux parents adoptifs, parents d’accueil, tuteurs et grands-parents dans certaines situations est également importante», analysent les Femmes CSC tout en rappelant que «le crédit familial ne devrait pas être un palliatif pour la pénurie de garde d’enfants. L’offre publique de crèche doit être renforcée».
Plus largement, les Femmes CSC revendiqueront ce 8 mars (voir les revendications page 5) des systèmes de congés plus accessibles pour un équilibre travail-soins-vie privée, une meilleure assimilation des crédits temps et le droit de tous et toutes à des congés suffisamment rémunérés: «Un système inclusif qui rend les congés possibles pour tous – quel que soit le statut, le secteur ou le revenu – empêche que les périodes de soins ne mènent à un désavantage financier. En renforçant les droits de congé et en les rendant également accessibles, les responsabilités de soins sont réparties plus équitablement et les inégalités structurelles entre les sexes diminuent».
(1) Étude menée sur 700 personnes.
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