Les femmes vivent plusieurs discriminations: des inégalités structurelles exercent en effet une pression sur leur position sur le marché du travail et dans la société en général. Les récents changements législatifs issus des réformes portées par le gouvernement Arizona accentuent cette situation, dans un contexte global de montée en puissance des discours réactionnaires. Ceux-ci tentent, à travers leurs approches sexistes, de contester les avancées importantes obtenues ces dernières années: visibilité des violences, lutte pour l’égalité salariale, MeToo, etc. «Aujourd’hui, on assiste à une remise en cause des droits des femmes un peu partout, constate Aurore De Keyzer, responsable nationale des Femmes CSC. Ça va de discours tels que «L’égalité est déjà atteinte, le féminisme va trop loin» ou «Les femmes ont plus de droits que les hommes aujourd’hui». Ces discours dépolitisent les inégalités en les présentant comme des choix individuels.»
1888: accès des femmes à l’université.
1948: suffrage universel féminin.
1975: loi sur l’égalité salariale.
1990: dépénalisation partielle de l’avortement.
2002: congé de paternité de 3 jours – porté à 20 jours en 2023.
Ce type de discours témoigne du backlash («retour de bâton» en français) que subissent les féministes. Ce retour de bâton antiféministe n’est en réalité pas surprenant à l’aune de l’histoire: il apparaît chaque fois que les droits des femmes progressent de manière significative, en vue de les supprimer ou d’en réduire l’accès.
L’extrême droite européenne, au même titre que l’administration Trump, participent à ce mécanisme de défense du pouvoir en diffusant des arguments pour cantonner les femmes au foyer et décrédibiliser leurs luttes. L’émergence, dans les réseaux sociaux, de comptes masculinistes renforce ce mouvement réactionnaire.
Pour les Femmes CSC, ce backlash féministe se traduit également dans la politique menée par le gouvernement Arizona. Ses réformes, apparemment neutres, touchent, dans les faits, davantage les femmes: durcissement des conditions de pension (carrières complètes, temps plein), réduction des périodes assimilées (congé parental, soins aux proches), flexibilisation du travail, coupes dans les services publics (crèches, soins, aide sociale). Et Aurore de Keyzer d’exemplifier cette affirmation: «Lorsque le ministre Jambon affirme, à travers sa réforme du travail, que «Tout le monde doit travailler plus longtemps, sans distinction», il établit, derrière l’apparente neutralité du propos, une inégalité organisée. Car, au quotidien, les femmes travaillent plus souvent à temps partiel, assurent l’essentiel du travail domestique et de soin et ont des carrières plus souvent hachées.» Dans une logique de backlash, il efface donc les réalités vécues par les femmes au nom de l’égalité formelle. Et ces mesures renvoient implicitement les femmes vers le travail gratuit qu’elles effectuent dans la sphère domestique. «Il faut nommer ce backlash féministe, car il permet de rendre visibles les rapports de pouvoir et de montrer que ces agissements ne sont pas neutres. Un droit chèrement conquis peut être retiré par un gouvernement de droite réactionnaire. Et la responsable des Femmes CSC de rappeler la mise en garde de Simone de Beauvoir: «N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question.»
Aujourd’hui, on assiste à une remise en cause des droits des femmes un peu partout...
(1) Ce dossier de L’Info a été rédigé au départ du dossier pédagogique «Super Maria contre-attaque» rédigé par les Femmes CSC et la Fec. Plus d’infos sur www.femmes-csc.be