Christophe a accumulé les CDD et les contrats sous des statuts précaires tout au long de sa carrière. Malgré un CV impressionnant et varié, il fait partie, à 57 ans, de la première vague d’exclus.
Propos recueillis par David Morelli
«Entre le moment où j'ai été diplômé de l’enseignement, en 1992, et aujourd’hui, j’ai cherché de l’emploi, fait toute une série d’activités sous un tas de statut précaires qui ne me permettent ni d'avoir un salaire suffisant ni de ne pas être considéré comme chômeur temps plein de longue durée.»
«Mon parcours dans l’enseignement a été chaotique. D’une part parce que, comme je n’ai jamais été nommé, mes heures ont plus d’une fois été réaffectées au bénéfice d’enseignants nommés et, d’autre part, parce que j'essayais de trouver un emploi stable dans le secteur culturel, mon domaine de prédilection. C’était une alternance d'intérims et de chômage…. Ce parcours s’est conclu par une dépression, après laquelle je me suis réinscrit comme demandeur d'emploi. Cela fait plusieurs années que je n'ai plus de conseillers au Forem. J'ai reçu de temps en temps une offre - notamment celle pour l’ASBL pour laquelle je travaille actuellement – mais je ne suis plus suivi… Donc, dès qu'il y a des opportunités, je fonce. Depuis bientôt trois ans, je tente de créer mon chemin dans l'emploi mais je ne pense pas qu’à 57 ans, il y ait encore une entreprise qui va m'offrir un CDI. Lors de mes recherches, soit on me répond que je n’ai pas le profil - même dans l'enseignement et dans les organismes culturels pour lesquels j'ai de l’expérience – soit on ne me répond pas du tout.»
Depuis bientôt trois ans, je tente de créer mon chemin dans l'emploi mais je ne pense pas qu’à 57 ans, il y ait encore une entreprise qui va m'offrir un CDI.
«Aujourd’hui, je suis animateur en arts, théâtre et couture pour une ASBL, et animateur en anglais pour une autre, après les heures de cours et durant les congés scolaires. Durant ces congés, je suis engagé sous le régime A.17 qui permet de prester environ 300 heures par année. Comme c'est payé au salaire le plus bas, il n'y a pas de prélèvement de précompte professionnel. Apparemment ça ne compte pas comme du travail puisque je ne cotise pas. Récemment, j’ai encore reçu un formulaire pour un musée provincial qui va introduire un dossier pour m'engager. J’aurai cette fois le statut de participant occasionnel parce que j'ai postulé en tant que guide. Le secteur socioculturel n’a pas les finances nécessaires pour engager avec un contrat classique. J'ai en plus de cela développé une activité de restaurateur de poupées anciennes que je gère en tant qu’auto-entrepreneur au sein de la Smart.»
«Je vis mal mon exclusion parce que, en gros, je travaille quatre jours par semaine. Ce ne sont pas des journées de 8 heures, mais il faut préparer les activités, se déplacer dans les différentes écoles. Il faut arrêter de croire que la personne qui n'a pas de CDI passe ses journées à ne rien faire. Je travaille les jours fériés pour m'occuper d'enfants dont les parents travaillent. Une profession utile… Je pense que la majorité des chômeurs exclus essayent vraiment de s'en sortir, de trouver leur créneau et un travail qui leur plaît. Ces exclusions sont idéologiques et ne visent qu’à faire des économies. On commence par les chômeurs, puis les malades de longue durée, les pensionnés et enfin les travailleurs, à qui l’on enlève de plus en plus de droits. Le gouvernement veut des esclaves qui travaillent pour survivre et pour nourrir une élite qui, elle, n’est pas soumise aux mesures d'austérité.»