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L'info n°1429/08/2025

MondeMieux protéger les travailleurs avec à l’Organisation internationale du travail

La 113e Conférence internationale du travail s’est tenue à Genève en juin dernier. Une délégation de la CSC, conduite par Ann Vermorgen, présidente de notre syndicat, a activement participé aux discussions des différentes commissions.

Karin Debroey (adapt. D.Mo)


Ann Vermorgen, présidente de la CSC, lors de la conférence à Genève en juin.

Quelque 5.000 délégués représentant les gouvernements, les employeurs et les syndicats de 187 pays se sont réunis, sous l’égide de l’Organisation internationale du travail (OIT), afin de conclure des accords destinés à améliorer les droits et la situation des travailleurs.
L’attention s’est cette fois portée sur une nouvelle convention de l’OIT destinée à renforcer la protection des travailleurs face aux risques biologiques, comme les bactéries, les virus ou les champignons. La pandémie de Covid-19 a souligné l’importance d’une protection efficace des travailleurs contre ces agents. Même en temps normal, de nombreux travailleurs sont exposés à ces micro-organismes, notamment dans les secteurs des soins de santé, des laboratoires, du traitement des déchets, de l’industrie alimentaire… Sous la pression des représentants des travailleurs à l’OIT, les risques liés aux contacts avec les plantes et les animaux ont également été inclus dans la convention et la recommandation. Les pays qui ratifient ces textes devront adapter en conséquence leur législation en matière de protection.

Vers une convention sur les plateformes numériques

Un premier pas significatif a également été franchi cette année vers l’élaboration d’un cadre international régulant le travail de plateformes. Dans tous les pays du monde, les travailleurs des plateformes sont souvent dépourvus d’un statut clair, avec peu (pas) d’accès aux droits sociaux.
La première année du cycle de négociation de deux ans a permis d’enregistrer une avancée majeure vers l’adoption d’une convention (contraignante). De nombreuses négociations restent à mener l’an prochain. Notons que les employeurs refusent de reconnaître qu’une société de plateforme numérique est un employeur. Selon eux, il s’agit simplement d’une technologie qui met en relation un travailleur indépendant et un client pour offrir un service. Nous estimons que de nombreuses entreprises de plateformes vont bien au-delà: elles contrôlent et organisent le travail de leurs collaborateurs au moyen d’un algorithme opaque.

Transition du travail informel vers le travail formel

Malgré les nombreuses bonnes pratiques mises en œuvre, le travail informel reste très répandu (60% de la population active, surtout dans les secteurs de l’agriculture, de la construction, des transports, du travail domestique et de l’économie des plateformes. La commission a élaboré une résolution assortie d’un plan d’action pour renforcer l’application de la recommandation de 2015 invitant les gouvernements et les interlocuteurs sociaux à faciliter la transition du travail informel vers le travail formel.

Vingt-cinq pays sur le banc des accusés

Depuis plusieurs décennies, le ou la présidente de la CSC est le/la porte-parole du groupe des travailleurs au sein de cette Commission de l’application des normes. À ce titre, il ou elle interpelle, tel un procureur général, les gouvernements qui sont sur le banc des accusés pour avoir violé les droits du travail.
Cette année, vingt-cinq pays figuraient sur la liste, comme l’Afghanistan (oppression des femmes) ou le Tchad (travail des enfants). Une session spéciale a été consacrée à la Biélorussie, pointée pour sa répression brutale des syndicats et parce que le gouvernement ignore depuis des années les recommandations de la Commission.
La plupart des gouvernements des pays mis en cause ont exprimé leur volonté de coopérer davantage avec l’OIT. Il est toutefois préoccupant de constater que l’Afghanistan et le Nicaragua ne s’y sont pas présentés, ce dernier décidant d’annuler son adhésion.
En marge de la Conférence internationale, la Coupole africaine des syndicats, l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (BWI) et de nombreuses confédérations syndicales – dont la CSC – ont également déposé une plainte contre l’Arabie saoudite, accusée de violer systématiquement les droits des travailleurs migrants africains: travail forcé, salaires impayés, discrimination raciale et conditions de travail dangereuses. Des abus qui risquent de s’intensifier avec la Coupe du monde 2034 en ligne de mire.

Surveillance des conditions de travail et d’emploi des pêcheurs

Lors de cette conférence, la Belgique a ratifié deux conventions: la C-131 sur les salaires minima et la C-188 qui établit des normes minimales pour le travail à bord des navires de pêche. Elle contient des dispositions relatives à l’âge minimum des pêcheurs, à la transparence des contrats de travail, à l’accès aux soins médicaux, à un logement et une alimentation décente à bord, à la sécurité sociale, y compris le rapatriement en cas de maladie ou d’accident, ainsi qu’à l’inspection et au contrôle des conditions de travail dans la pêche. La convention vise à lutter contre l’exploitation dans un secteur souvent marqué par des conditions de travail difficiles, en particulier dans les eaux internationales: longues heures, bas salaires et même travail forcé. La C-188 est un outil pour lutter contre ces abus. Les autorités belges doivent inspecter tous les navires de pêche battant pavillon belge et ainsi que les navires de pêche battant pavillon étranger dans les eaux belges. Si une inspection révèle qu’un navire ne respecte pas les exigences de la C-188, celui-ci peut être retenu à quai.

Lors de cette conférence, la Belgique a ratifié deux conventions: la C-131 sur les salaires minima et la C-188 qui établit des normes minimales pour le travail à bord des navires de pêche.

«Un engagement en faveur de l’OIT est plus que jamais nécessaire, y compris en Belgique!»

Dans son discours lors de la session plénière de la Conférence internationale du travail, Ann Vermorgen, présidente de la CSC, a dénoncé la détérioration du respect des droits des travailleurs en Belgique. «Les nouveaux gouvernements contournent les interlocuteurs sociaux et la concertation collective. La Loi sur la norme salariale de 2017, pourtant condamnée par le Comité de la liberté syndicale de l’OIT, est toujours en vigueur. Pire encore, le gouvernement prend des décisions unilatérales sur les salaires minimums, privant ainsi les interlocuteurs sociaux de leur rôle légitime.»
Elle a fait part de différents constats: les droits en matière de temps de travail sont mis sous pression, le droit à la formation est menacé, certaines réformes de la sécurité sociale pénalisent de manière disproportionnée les jeunes, les migrants et les femmes et compliquent leur accès aux allocations et aux pensions. Enfin, les mesures visant à réduire le stress au travail ou à accompagner l’allongement des carrières font défaut ou sont progressivement supprimées.